dimanche 16 octobre 2011

Inquiétante sortie de route de Tabaré Vázquez [Actu]




L'ancien Président de la République uruguayenne, éminent cancérologue de son état et qui fut, de 2007 à 2010 le plus populaire de tous les chefs d'Etat de l'histoire de son pays, a déclaré mardi dernier, le 11 octobre, qu'il avait très sérieusement envisagé en 2007 de déclarer la guerre à l'Argentine dans le cadre du conflit verbal qui a opposé les deux pays au sujet de l'implantation sur la rive est du fleuve Uruguay d'une papeterie appartenant à un groupe finlandais, la désormais tristement célèbre Papelera Botnia (qui a, depuis, changé de nom et de mains).

Tabaré Vázquez a fait cette surprenante déclaration de manière accessoire, lors d'une causerie donnée devant un public universitaire pour présenter son dernier livre, un travail de sensibilisation du grand public aux dangers du tabagisme, le tout à la suite d'une question hors sujet posée par une personne présente dans la salle.

Il a reconnu avoir à plusieurs reprises convoqué les officiers supérieurs uruguayens, lesquels n'auraient d'ailleurs pas pris vraiment ses propos au sérieux (ce qui est plutôt bon signe), puis avoir demandé à Condoleeza Rice puis à George Bush lui-même l'aide des Etats-Unis en cas de déclenchement d'un conflit armé. Ce qui, de la part d'un éminent membre du Parti socialiste uruguayen, installé au coeur de la vaste coalition de gauche qu'est le Frente Amplio dont il était le premier élu porté à la magistrature suprême, en choque plus d'un. Dans les deux pays, la presse s'est emparée de l'affaire et l'a abondamment commentée avec des articles en général peu aimables pour l'auteur de telles confidences.

De part et d'autre du Río de la Plata cependant, les gouvernements ont fait semblant de n'avoir rien entendu et ni les chefs d'Etat ni les ministres n'ont émis le moindre commentaire alors que l'ancien chef d'Etat reste le candidat préféré de l'opinion publique uruguayenne pour reprendre les rênes du pays, à la fin du mandat actuel, celui du Président José Mujica.

Seule parmi les personnalités aux affaires, l'épouse de Mujica, mais en sa qualité de sénatrice et non de Première Dame, Lucía Topolansky, a publié un communiqué critiquant sévèrement les propos du prédécesseur de son mari, lequel s'est dit très affecté par ces vives critiques venant de son propre camp.


Aussi jeudi, à midi, dès le lendemain de sa malheureuse conférence, Tabaré Vázquez a-t-il envoyé à la presse un communiqué au ton très net :

"Teniendo en cuenta las repercusiones que ha tenido la respuesta que diera a la pregunta de un asistente a la reunión que se llevara a cabo con ex alumnos del Colegio Monte VI sobre el relacionamiento de nuestro país con la hermana República Argentina referida al tema Botnia, y a pesar de haber hecho un relato de lo realmente acontecido, considero que dichas declaraciones fueron inoportunas. Las hice teniendo en cuenta además las excelentes relaciones que felizmente hoy tienen nuestros dos países hermanos.
De cualquier manera, y muy lejos de mis intenciones, las mismas pueden dañar esas relaciones, al proyecto político de la izquierda uruguaya, y al propio Frente Amplio.
Por todo ello presento mis excusas y anuncio mi retiro de la actividad política pública.
Dado en Montevideo el 13 de octubre de 2011.
Dr. Tabaré Vázquez".

"Tenant compte des répercutions qu'a eues la réponse que j'ai faite à la question posée par l'une des personnes qui assistaient à la réunion qui j'ai tenue avec d'anciens étudiants du Colegio Monte VI sur les relations de notre pays avec la République soeur argentine au sujet du dossier Botnia et bien que j'aie rendu compte de ce qui s'était réellement passé, je considère que les susdites déclarations étaient inoportunes. Je les ai faites en tenant compte qui plus est des excellentes relations que par chance entretiennent aujourd'hui nos deux pays.
Dans tous les cas de figure et ce à milles lieux de mes intentions, ces mêmes déclarations peuvent être préjudiciables à nos relations, au projet politique de la gauche uruguayenne et au Frente Amplio lui-même.
Pour toutes ces raisons, je présente mes excuses et j'annonce mon retrait de l'activité politique publique.
Fait à Montevideo, le 13 octobre 2011
Dr. Tabaré Vázquez" (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ce communiqué a immédiatement été suivi d'une réaction empressée du Frente Amplio qui a supplié Tabaré Vázquez de revenir sur sa décision. Et d'une manière étonnante là-encore, cet homme qui, à la Présidence, avait fait preuve de tant de de résistance à toutes les pressions, notamment celle de ses propres partisans et électeurs, a fait savoir hier qu'il se donnait quelques jours pour réfléchir à la demande du FA et laissé entendre par conséquent qu'il pourrait se maintenir dans l'arène politique !

De tout temps, on savait que les relations entre Tabaré Vázquez et Néstor Kirchner, le précédent président argentin, étaient pour le moins houleuses. Vázquez s'était même opposé au choix de Néstor Kirchner pour le Secrétariat Général de l'UNASUR, l'Union des pays d'Amérique du Sud, dans la dernière année de son mandat, ce à quoi José Mujica, dès son accession à la Présidence, en mars de l'année dernière, avait mis bon ordre. Mais entre ces très mauvaises relations personnelles, qui étaient visibles même du grand public, et le fait d'avoir envisagé sérieusement de mobiliser l'Armée pour déclarer la guerre, tout ça pour des industriels finlandais...

Tout en prenant donc le temps de la réflexion, Tabaré Vázquez continue à assurer la promotion de son bouquin. Il était hier dans la ville de Florida où il s'est abstenu de déposer un autographe sur le drapeau du Frente Amplio que lui tendait une admiratrice, qui avait dû manquer un épisode...



Aujourd'hui, le bon climat entre l'Argentine et l'Uruguay gagne en solidité. José Mujica fait un presque sans faute au moment des obsèques de Néstor Kirchner (il a tout de même réussi à jeter un pavé dans la mar au sujet de l'absence de Julio Cobos aux cérémonies, voir mon article du 13 novembre 2011 à ce sujet). Au mois d'août dernier, les deux Présidents ont inauguré une nouvelle ligne ferroviaire qui relie les deux pays pour la première fois depuis de nombreuses décennies. Espérons que cette sortie intempestive de Vázquez ne sera rien de plus qu'un tardif et dernier rebondissement des révélations irresponsables de Wikileaks l'année dernière, si les manifestants écologistes du côté argentin, à Gualeguaychú, ne reprennent pas leur piquet de grève et leur blocage du pont international, qui relie Gualeguaychú (Province de Entre Ríos, Argentine) à Fray Bento (Uruguay) comme ils menacent presque de le faire aujourd'hui.

Pour aller plus loin :

du côté uruguayen
lire l'article du 12 octobre 2011 dans El País, le quotidien uruguayen à ne pas confondre avec son homonyme espagnol (sur les déclarations initiales de Tabaré Vázquez)
lire l'article de El País du 13 octobre 2011 (sur les réactions du lendemain)
lire l'article de El País du 14 octobre 2011 (sur la retraite politique de l'ancien mandataire et les suppliques du FA)
lire l'article de El País du 15 octobre 2011 (sur les conjectures des observateurs quant à son avenir politique)
lire l'article de El País du 16 octobre 2011 (sur le retour des écologistes argentins près du pont international)
voir le pastiche des propos du président honoraire par les Guignols locaux en vidéo (aujourd'hui, sur El País)

du côté argentin (mon retour de Bordeaux et la richesse de l'actualité durant ce week-end festivalier ne me permet pas de vous donner un panorama de l'ensemble de la presse)
lire l'article de Página/12 du 13 octobre 2011 sur les déclarations initiales de Vázquez où vous apprécierez la citation d'une comptine française en une du journal (Malborough s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine, etc.)
lire l'article de Página/12 du 14 octobre 2011 qui renvoie "Mambru" (transcription espagnole de l'anglais Malborough) à la niche, avec une délectation sarcastique qui ne vous échappera pas
lire l'article de Página/12 du 15 octobre 2011 sur les atermoiements de l'ancien président.

(1) En Argentine comme en Uruguay, si l'on dispose d'un titre universitaire, il est toujours apposé au nom de l'intéressé. A cette heure, les diplômés universitaires sont encore une minorité telle qu'il fait encore sens d'indiquer que quelqu'un en fait partie.

mercredi 12 octobre 2011

Trois jours sans publication pour cause de conférences à Bordeaux

Les 13 et 14 octobre 2011, je serai à Bordeaux, au Festival Lettres du Monde, pour rencontrer le public et donner deux causeries sur la genèse du tango argentin, dans la Buenos Aires mouvementée du 19ème siècle.

Par conséquent, il n'y aura pas de mise à jour de ce blog pendant ces quelques jours, jusqu'à dimanche au moins.

Et mardi prochain, 18 octobre 2011, à 19h30, je donne une autre conférence sur la genèse du tango et son actualité, dans une librairie du 12ème arrondissement de Paris.

mardi 11 octobre 2011

Corazón y hueso en avant-première [Disques & Livres]

Depuis plus d'un an, Daniel Melingo nous annonce la sortie prochaine de son 4ème album de tango, Corazón y hueso (1). Les trois premiers sont sortis en France, chez Mañana, la maison de disques fondée à Paris par l'unique musicien argentin du trio Gotán Project, le guitariste Eduardo Makaroff.

Cette fois-ci, le disque sortira sous un autre label. Il sera donc peut-être un peu plus difficile à trouver en Europe.

A l'occasion de cette prochaine sortie, Daniel Melingo a accordé une interview (illustration ci-dessus) dont voici quelques extraits, en version bilingue comme d'habitude.

Après des considérations hyper-idiosyncratiques sur la maison dans laquelle il vit et qui fut celle de l'acteur de cinéma et ami de Carlos Gardel, Tito Lusiardo, en 1942, il parle de ses débuts dans la musique.

Mi familia es muy tanguera; conocían a Edmundo Rivero, a Hernán Oliva y a todos los grandes. Con el rock empecé ‘de oreja’, desde muy chiquito y gracias a mis primos mayores, que eran fans de los Beatles y de los Rolling Stones. Ahí empecé a guitarrear un poco, y a los 13 me metí en el Conservatorio...”
–... a estudiar clarinete.
–No. En realidad había empezado a estudiar bandoneón. Estuve como un año y medio, y no podía sacarle ni un sonido. Entonces fui a una casa de canje de instrumentos, en el centro, y cambié mi bandoneón por un clarinete.
Página/12

- Ma famille est très tanguera. On connaissait Edmundo Rivero, Hernán Oliva et tous les grands. Avec le rock, j'ai commencé à l'oreille, quand j'étais tout petit et grâce à des cousins plus vieux que moi, qui étaient fans des Beattles et des Rolling Stones. C'est comme ça que j'ai commencé à grater un peu la guitare et à 13 ans, je suis entré au Conservatoire...
- ... pour étudier la clarinette.
- Non. En réalité, j'avais commencé par le bandonéon. Cela a duré à peu près un an et demi et je ne pouvais pas en tirer une note. Alors je suis allé dans un magasin d'échange d'instruments, dans le centre de Buenos Aires, et j'ai changé le bandonéon pour une clarinette.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

[...]

–Nunca un “tango de salón”. Lo suyo son las cárceles, los marginales, el barro, la picardía...
–Bueno, el tango es triste, básicamente. O lo que nosotros entendemos como “tristeza”. Yo, igual, concibo la música de una manera triste, en general. Dentro del tango, ésa es mi línea. Está el tango de salón, orquestal, con piano; pero mi tango es guitarrero, orillero y prostibulario (se ríe).
Página/12

- [Vous ne faites] jamais un tango de salon. Votre truc à vous, c'est la prison, les marginaux, le ruisseau, la canaille...
- Bon, fondamentalement, le tango, c'est triste. En tout cas, ce que nous [les Argentins], nous mettons dans le mot de tristesse. Moi aussi, en général, la musique que je conçois, c'est de la musique triste. A l'intérieur du tango, ma ligne c'est ça. Le tango de salon, orchestral, avec piano, oui, ça existe. Mais mon tango [à moi], c'est la guitare, la zone, la maison close (rires).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

[...]

“Mi abuela era austríaca y cantaba ópera; y mi abuelo, el griego Melingo, era músico de rembétika (pronúnciese “re-bética”), parte de la música popular griega, creada por anarquistas analfabetos que vivían en lo que en 1924 pasó a ser territorio de Turquía. Eran unos tirabombas de mucho cuidado; músicos, poetas, atorrantes. Y hoy la rembétika es uno de los movimientos intelectuales más respetados de Europa... Llevando el tango por el mundo pasé por Grecia, y en Corazón y hueso hago uso –un poco– de los instrumentos de aquella música que redescubrí: es modal –las canciones utilizan el compás de 9, que es un compás de 4+5, bastante raro– y toco el bouzouki, un instrumento de procedencia árabe que originariamente era de tres cuerdas dobles y se fue modernizando hasta parecerse más a una guitarra. En Atenas, unos especialistas nos llevaron a las tabernas y a los luthiers que nos indicaron cómo hacer lo que la mayoría de los músicos rembétikos no hacen: combinar los instrumentos turcos con los griegos. Digamos que hay como pica entre ellos (sonríe). Nosotros juntamos todo, también el oud turco –ya en cuartos de tono, sin trastes, fretless–, e hicimos una mélange.
Página/12

- Ma grand-mère était autrichienne et chantait l'opéra, et mon grand-père, Melingo le Grec, était un musicien de rébétiko (2), [un genre] qui fait partie de la musique populaire grecque, créé par des anarchistes analphabètes qui vivaient dans ce qui, en 1924, est devenu un territoire de Turquie (3). C'était des gaziers bien craignos, des musiciens, des poètes, des marginaux. Et aujourd'hui, le rébético est l'un des mouvements intellectuels les plus respectés d'Europe... (4). En emportant le tango à travers le monde, je suis passé en Grèce et dans Corazón y hueso, je fais usage, un peu, des instruments de cette musique que j'ai redécouverte : c'est [une musique] modale -les chansons empruntent une mesure en 9 temps, qui est une mesure en 4 + 5, assez bizarre- et je joue du bouzouki, un instrument d'origine arabe qui, au départ, avait trois cordes doubles et qui s'est modernisé jusqu'à ressembler davantage à une guitare. A Athènes, quelques spécialistes nous ont emmenés dans les tavernes et chez les luthiers qui nous ont indiqué comment faire ce que la majorité des musiciens de rébético ne font pas : réunir les instruments turcs avec les instruments grecs. On va dire qu'il y a comme du tirage entre eux (sourire) (5). Nous, on mêlange tout, le oud turc y passe aussi -avec des quarts de ton, sans touchette (6) et on abouti à un patchwork.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Je vous laisse découvrir le reste, ce qu'il dit de l'électro-tango de Gotán Project et des milongas européennes et de la compréhension de que nous avons (et que nous avons beaucoup moins qu'il n'aime à le croire), des textes de tango et de la langue de Buenos Aires. En attendant le disque.

Pour aller plus loin :

(1) Deux des morceaux intégrés dans ce nouveau disque ont une letra de Luis Alposta, qui m'en a livré la teneur dès le mois d'août 2008. Ces deux letras sont publiées en version bilingue dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, que j'ai publié en janvier de cette année chez Tarabuste Editions (revue Triages). Commandable dans toutes les bonnes libraires, en donnant au libraire titre, nom de l'auteur et de la maison d'édition... Le titre du disque, Corazón y hueso, est la distortion d'une expression toute faite, carne y hueso, qui est l'équivalent du "en chair et en os" français. Il faudrait donc traduire ce titre comme En coeur et en os.
(2) Daniel Melingo donne ici à la journaliste l'orthographe grecque exacte (πεμπέτικά) où le μπ symbolise le son que l'alphabet latin rend par la lettre b. Le béta (β) est employé autrement. En français, on parle directement de rébético.
(3) La vision de l'histoire et de la géographie européenne qu'ont les Argentins est parfois un peu surprenante pour nous parce qu'ils ont conservé les interprétations extrêmement partiales et chauvines de leurs aïeux, au moment où ceux-ci sont arrivés en Argentine en emportant dans leurs bagages leurs partis-pris. Depuis beaucoup d'eau a coulé sous les ponts en Europe et notre compréhension des événements s'est beaucoup nuancée. Le Traité de Lausanne, en juillet 1923, a défini les limites de la Turquie républicaine d'Ataturk (Mustapha Kemal), après un Traité de Sèvres signé en 1920 entre les Alliés et les ministres plénipotentiaires du Sultan encore en place mais très vite déposé par Kemal. Melingo parle là des côtes d'Asie Mineure, notamment de Smyrne (Izmir) et de ses environs, avec les terribles massacres de 1922. Les armées turques de Kemal avaient déjà mis fin dès cette année-là aux prétensions de la Grèce à récupérer ces territoires, colonisés par les Grecs au VIIème siècle av. JC. Les mouvements de population des hellénophones vivant sur la côte anatolienne vers la Grèce européenne avaient commencé bien avant 1924, dès le début de la première Guerre Mondiale.
(4) Dans ses rêves ! A part les Grecs, personne ne connaît...
(5) C'est le moins qu'on puisse dire. Les Argentins connaissent très peu et très mal cette réalité de notre continent et de son histoire.
(6) Sorte de pince que le musicien place sur le manche d'un instrument à cordes pincées pour nuancer les notes. L'adjectif fretless qui suit, c'est la même chose mais en anglais.

Petite leçon d'histoire révisée par Miguel Rep [Coutumes]

Demain, 12 octobre 2011, les Argentins et avec eux tous les hispanophones du monde célèbreront l'anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, le fameux ¡Tierra! de la vigie du navire amiral de cette expédition légendaire. En Argentine, la dénomination Día de la Raza, qui sonnait trop raciste (1), a été remplacée l'année dernière par Día del Respecto de la Diversidad de las Culturas (un programme politique argentino-argentin et une formule épouvantable côté com').

Ce changement de nom s'insère dans toute une révision de l'histoire dans cette Argentine qui habite chaque année un peu plus sa démocratie reconquise en décembre 1983. Cette remise en question des certitudes historiques qui explique la redécouverte peu à peu des aspects les moins glorieux de l'histoire du pays et du continent et en particulier du génocide des Amérindiens, du nord au sud de ces terres entre Asie et Europe.

C'est à cela que fait allusion le dessinateur et peintre Miguel Rep sur la page d'accueil du quotidien Página/12.


11 octobre 1492, selon leur calendrier à eux.
Dernier jour de bonheur.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Parfois un bon dessin vaut mieux qu'une longue explication, non ?

(1) en fait, le mot raza est à entendre dans le sens archaïque du terme, comme dans l'histoire du français aussi. Race au 18ème et 19ème siècle évoque une idée de famille et ne fait pas référence à une couleur de peau. Il s'agissait de célébrer l'unité des hispanophones à travers le monde entier, la famille rassemblée dans le souvenir d'une ancienne appartenance commune à un même empire. Dont étaient exclus de fait les Amérindiens et les Afro-américains descendants des esclaves déportés là au 17ème et 18ème siècles, malgré un bon nombre de décrets royaux dès le début de la conquête qui faisaient des autochtones des sujets libres de la Couronne espagnole (ce qui ne fut jamais respecté sur le terrain) et interdisait le trafic négrier, interdiction que les colons contournèrent, avec l'accord de fait de tout le monde, en recourant aux servicex des marchands d'esclaves d'abord anglais et portugais puis également français. Et vive nos plantureuses façades urbaines à Southampton, à Nantes, à Bordeaux...

Présentation du disque des élèves du Seminario Homero Expósito [à l'affiche]

Demain, mercredi 12 octobre 2011, fête du respect de la diversité des cultures en Argentine (elle porte parfois un autre nom dans le reste du monde hispanique, c'est l'anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb), aura lieu à 19h30, au siège de la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, 1er étage, la présentation du disque composé d'oeuvres des élèves du Seminario de Letristas Homero Expósito sortis en 2009 et en 2010.

Le disque est intitulé Cuidado... Tango fresco (Attention... Tango frais), c'est le premier volume d'une future série. Et il compte 12 morceaux, tous mis en musique par Edgardo Acuña.

Les diplômes de sortie seront remis à ces 11 nouveaux letristas (anciens étudiants) par le Maestro Horacio Ferrer, le Président et fondateur de la Academia Nacional del Tango, au cours de cette soirée festive, ouverte au grand public.

La Petitera de retour au Centro Cultural Torquato Tasso [à l'affiche]


Il y avait un bon moment qu'on avait pas vu l'auteur-compositeur interprète Dema et ses musiciens rassemblés sous le nom de scène La Petitera (1) au Centro Cultural Torcuato Tasso, le temple du tango dans le quartier de San Telmo (Defensa 1575).

Mais ils reviennent le week-end prochain, les 14 et 15 octobre, puis à la fin du mois, les 28 et 29 octobre 2011, à 22h, au prix d'entrée de 40 $.

Pour en savoir plus sur les activités de ces artistes, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder à l'ensemble des articles que je leur ai déjà consacrés à la date où vous lisez celui-ci.

(1) Un surnom donné aux demi-mondaines élégantes qui fréquentaient Le Petit Bar, un établissement au prestigieux nom français situé à la Recoleta et où se rassemblait la jeunesse dorée de la première moitié du 20ème siècle. De nombreux tangos de cette époque-là y font référence, de manière sarcastique en général.

Gourmands de tous les pays, unissez-vous ! [Coutumes]

Aujourd'hui, 11 octobre, depuis plusieurs années, c'est le Jour Mondial (rien que ça !) du Dulce de Leche, cette spécialité si typiquement argentine, ou, plus largement, hispano-américaine (1), à base de lait (de toute sorte d'animaux, de la vache à la bufflone, en passant par la chèvre et la brebis) et de beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de sucre.

L'année dernière, par une fantaisie caractéristique d'Internet, l'info a, dit-on, été soudain répercutée par un tas de blogs anglophones qui se sont mis à saluer le Dulce de Leche World Day...

Alors, mettons que, cette année, cet article de Barrio de Tango sera une humble contribution de la langue de Molière à cette célébration gastronomique planétaire.

Sur l'origine de la spécialité, circulent toutes sortes de légendes toutes plus invraisemblables les unes que les autres et qui prennent bien soin de mettre en scène les plus illustres héros de l'histoire argentine, José de San Martín (1777-1850) et Juan Manuel de Rosas (1793-1877) en tête. Toujours est-il qu'un desser de ce genre est attesté bien avant eux, dès le 17ème siècle, dans des archives de la Compagnie de Jésus.

Bien entendu, la nationalité du dulce de leche fait l'objet d'une âpre bataille et d'une inextinguible rivalité entre l'Argentine et l'Uruguay, comme celle de Carlos Gardel. Et tout aussi bien entendu, il existe du dulce de leche dans toute l'Amérique Latine, y compris au Brésil. Alors, évidemment, un Día Mundial, il y a de quoi faire sur le continent lui-même.

Un petit tour (non exhaustif) des bonnes marques argentines :

SanCor (l'une des marques du groupe Vascol, qui possède aussi la marque des vins Norton, distribuée en France par plusieurs cavistes, dont la chaîne Nicolas, et qui s'est attaché la marque de yerba mate, de thé et d'infusion Taragüi)

San Ignacio (vous trouverez sur le site une histoire du dulce de leche, avec la date mythique du 17 juillet 1829, illustration ci-dessus, qui n'était pas une bonne date à retenir pour un Jour Mondial du Dulce de Leche puisqu'à cette époque-là, tout l'hémisphère nord se dore la pilule sous le soleil avec une plus grande envie de glace à la fraise que de sucrerie hivernale et ultra-énergétique. L'anecdote, que nous conte San Ignacio comme s'il s'agissait d'une vérité révélée, agrége toutes les images d'Epinal de l'histoire argentine en vigueur une bonne centaine d'années plus tard, tout en reprenant un texte attribué à Juan Manuel de Rosas, mythique Gouverneur de la Province de Buenos Aires entre 1835 et 1852).

Havanna, l'une des marques les plus chères et les plus présentes sur le marché à l'exportation – C'est très bon aussi, rendons à César ce qui appartient à César.

La Serenisima et sa marque phare, Ser (elle propose une version coloniale du produit et une version moderne, mais c'est surtout pour faire joli, les différences ne sautent pas au palais)

Tregar, une célèbre marque pour les fromages et le arroz con leche (le riz au lait légué par les Catalans et les Valenciens)

La Salamandra, qui cultive une image de luxe et pratique par conséquent une politique de prix élevés, un peu à la manière de la marque de turrón espagnole 1880 (qui s'enorgueillissait, il y a encore quelques années, de vendre el turrón más caro del mundo). L'une des particularités de La Salamandra est d'offrir une grande variété de types de dulce de leche, dont un au chocolat. Ou comment ajouter les calories aux calories.

Des chaînes de grande distribution ont leur propre marque (c'est le cas de la filiale argentine de Carrefour), voire leur propre fabrication (c'est le cas des supermarchés Coto, un groupe fier, avec juste raison, d'être un groupe 100% argentin).

Pour en savoir plus :
lire l'article du journal Web El Argentino sur la festivité commerciale d'aujourd'hui

(1) Au Mexique, le même produit existe sous le nom de cajeta. Et il est plus souvent fabriqué avec du lait de chèvre qu'en Argentine.

Quand Mauricio Macri montre un visage avenant [Actu]

D'ordinaire, dans Barrio de Tango, je ne peux guère vous montrer qu'un visage peu sympathique de Mauricio Macri, celui d'un politicien retors doublé d'un homme d'affaire sans scrupule, qui maltraite la culture, l'école et la santé et fait fi des dispositions constitutionnelles de la ville qu'il a été appellé à gérer par la grâce d'un scrutin démocratique.

Mais il se trouve qu'hier, donc après les élections locales, qui, en ce qui le concerne, ont eu lieu en juillet (voir mon article du 1er août 2011 sur sa surprenante et écrasante réélection), sa femme a accouché d'une petite fille. C'est l'occasion pour la chaîne de télévision Todo Noticia (TN), qui appartient au groupe Clarín, de faire une interview à la sortie de la clinique privée où Juliana Awada de Macri a subi une césarienne programmée (dans la droite ligne de l'ultra-médicalisation de la naissance qui participe à plonger dans le rouge les systèmes de protection sociale de l'hémisphère nord – quand ces systèmes de protection existent). Le quotidien Clarín a mis sur son site Internet l'interview vidéo, qui dure 10 minutes, ni plus ni moins (voir l'article annonçant la venue au monde de la petite Antonia).

Passons sur la dimension démagogique, indéniable, d'une opération de communication où un homme politique instrumentalise sa vie privée pour faire parler de lui. Et regardons tout de même le visage que Mauricio Macri montre pour quelques minutes à ce moment précis de sa vie (la naissance de son troisième enfant). Pour une fois, ce n'est pas le même visage que d'habitude. Politiquement, ça ne présente bien évidemment aucun intérêt. Ce n'est pas parce que sa femme a accouché qu'il va modifier quoi que ce soit dans sa manière d'administrer la capitale argentine. Mais sous le masque artificiel de l'ambitieux, pour la première fois, perce le visage d'un être humain ordinaire, heureux et ému, qui n'a pas calculé d'avance ses déclarations (il fait quelques bourdes incroyables à propos de ses deux aînés, qui, s'ils n'étaient pas majeurs et vaccinés, pourraient être jaloux de leur nouvelle demie-soeur). Alors ne boudons pas notre plaisir en découvrant qu'il y a chez ce bonhomme, si souvent caricatural, un peu d'humanité commune, quelques minutes après qu'il ait assisté à la naissance de sa fille.

Et tandis que Clarín bêtifie en faisant "guili guili – areuh areuh" avec photo du bébé dans les bras de la sage-femme quelques secondes après la délivrance (!), Página/12 se paye la tête du nouveau papa grâce à l'esprit des deux caricaturistes de la Une, le dessinateur Daniel Paz et l'humoriste Rudy.



Le conseiller (ou le journaliste) : Félicitations, Mauricio. Comment va la maman ?
Macri : Très bien.
L'autre type : Comment s'est passé le travail de l'accouchement ?
Macri : Aucune idée... Je ne m'y connais pas trop là-dedans.
L'autre type : En accouchement ?
Macri : Non, en travail (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

(1) Página/12 ne rate jamais une occasion de souligner que Macri s'absente souvent de ses tâches de chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, qu'il prend trop de vacances et en général très loin à l'étranger (au contraire de la Présidente de la Nation, attelée à la tâche comme une bête de somme) et qu'il est poursuivi en justice pour plusieurs manquements à ses devoirs d'élu.

lundi 10 octobre 2011

La Vidú mercredi au Centro Nacional de la Música [à l'affiche]


Décidément, la Orquesta Típica La Vidú se produit de plus en plus souvent depuis une année environ. Après Berazategui, samedi dernier, mercredi on les retrouvera au Centro Nacional de la Música, Mexico 537, pour un concert à Monserrat (les Portègnes aiment bien penser que ce secteur se trouve dans San Telmo, mais en fait non, il s'agit encore du sud de Monserrat... San Telmo sonne plus bohême, plus tango).

Entrée libre et gratuite le mercredi 12 octobre à 20h (jour férié).

Ce jour-là, qui est l'anniversaire de la "découverte" de la terre américaine par Christophe Colomb, en 1492, est la fête du respect de la diversité des cultures, le nouveau nom donné en Argentine au Día de la Raza, fêté à travers toute l'hispanité comme l'unité de tous ces pays aux cultures diversifiées mais le mot, vieilli, était désormais trop mal interprété...

Le concert a lieu dans ce qui fut l'un des sièges de la Bibliothèque Nationale, qui s'est un temps partagée entre cette adresse et la Manzana de las Luces, 400 mètres plus au nord, avant de déménager définitivement dans le grand bâtiment de la rue Agüero dans le quartier de Recoleta.

A 15 jours de l'élection, Cristina encore et toujours en tête [Actu]

A quinze jours de l'élection présidentielle, la présidente sortante Cristina Fernández de Kirchner caracole toujours en tête des sondages, à plus de 50% d'intentions de vote, ce qui lui assure pratiquement à présent la réélection dès le premier tour.

En dessous d'elle, on trouve désormais le leader de la social-démocratie, Hermés Binner, un homme dont la sobriété et les réactions sereines m'avaient frappée au soir des primaires à la mi-août (voir mon article du 15 août 2011 à ce sujet), et qui semble bien positionné pour tailler des croupières au leader radical, Ricardo Alfonsín, le fils de Raúl Alfonsín, le président du retour à la démocratie en décembre 1983. Duhalde et Elisa Carrió, deux adversaires acharnés de l'actuelle présidente, pourraient bien se prendre la veste de leur vie.

Dans son édition d'hier, le quotidien de gauche Página/12 consacrait un article à l'analyse des différents politologues à la tête de quelques instituts de sondage argentins.

Pour aller plus loin :

samedi 8 octobre 2011

Donde encontrar Deux cents ans après en Buenos Aires [Disques & Livres]


Mi segunda antología castellano-francés, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (Dos cientos años después, el Bicentenario de la Argentina a través del patrimonio literario del tango), publicada en Francia en enero del 2011 por Tarabuste Editions, está para leer en tres bibliotecas públicas de Buenos Aires para los lectores argentinos:

Academia Nacional del Tango, Avenida de Mayo, 833
Alianza Francesa, Córdoba 946
Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, avenida Corrientes 1543.

El 17 de agosto del 2011, la presente en el auditorio de la Alianza Francesa con los Maestros Héctor Negro y Marcela Bublik, dos de los 10 poetas incluidos en este libro (Horacio Ferrer, Héctor Negro, Luis Alposta, Litto Nebbia, Raimundo Rosales, Alejandro Szwarcman, Marcela Bublik, La Biyuya, Verónica Bellini, Alorsa).

Nouvelle exposition de peinture à la Academia Nacional del Tango [à l'affiche]

L'Académicien Leo Vinci, lui-même artiste peintre, vient de mettre en place une nouvelle exposition plastique dans la petite salle Francisco y Julio de Caro du premier étage de la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833 : Tango en la Calle (tango dans la rue), en rassemblant cinq artistes différents, Roberto De Luca (photo), avec, comme invités, Pablo Caressa (dessin), Silvia Troian (photo), Carolina Spinetto (illustrations) et Horacio Spinetto (peinture).

Le vernissage a eu lieu jeudi dernier, 6 octobre 2011.

L'exposition restera ouverte du lundi au vendredi, de 15h à 20h, jusqu'au 27 octobre. Entrée libre et gratuite.

La Orquesta La Vidú ce samedi à Berazategui [à l'affiche]


La Orquesta La Vidú, l'une de ces nombreuses jeunes formations qui se multiplient depuis quelques années à Buenos Aires, en dépit du manque d'infrastructure et des défaillances de la politique culturelle au niveau de la capitale argentine, se présentera ce soir, samedi 8 octobre 2011, en lointaine banlieue, dans la ville de Berazategui, dans le sud du Gran Buenos Aires.

Ce sera à 21h, dans le centre de la ville, Calle n° 13 à la hauteur du 4757, dans la cuadra délimitée par les rues 147 et 148 (1) (comme c'est poétique, tout cela), à l'Espace Culturel Queruba.

Entrée : 15 $ (peso argentin, à ne pas confondre avec le dollar, le sigle est très proche mais non pas identique. Pour la devise argentine, il y a une seule barre et non pas deux).

(1) A Berazategui, comme à La Plata et dans d'autres villes de la Province de Buenos Aires, les rues sont identifiées par des numéros et non pas par des noms comme dans la capitale fédérale.

Javier González présente ce soir son nouveau disque instrumental [Disques & Livres]

Le compositeur et guitariste Javier González présentera ce soir, 8 octobre 2011, à 21h, dans le quartier de Flores, son nouveau disque de musique instrumentale (1), intitulé Conurbano ida y vuelta (Banlieue, aller-retour).

Ce sera au Bar La Forja, Bacacay 2414.

Entrée : 25 $.

Pour l'occasion, Javier sera accompagnée d'une nouvelle formation, composée par Mariela Focas, Luis Vázquez, Alejandro Ward, Mariano Silva, Héctor Correa. Et il a invité sa femme, la chanteuse Patricia Barone, sans laquelle la fête ne saurait être complète.

Javier González fait partie de ces compositeurs contemporains que j'ai retenus, à côté d'une dizaine de poètes, pour composer Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, une anthologie bilingue de 106 textes des 50 dernières années que j'ai publiée en début d'année chez Tarabuste Editions (revue Triages) et que je présenterai les 13 et 14 octobre à Bordeaux et le 18 octobre 2011 à Paris (voir, jusqu'à ces dates, les affiches en partie haute de la Colonne de droite). Le Maestro m'a gracieusemement accordé le droit de reproduire deux de ses partitions originales de tango à texte à l'intérieur du chapitre consacre au poète Alejandro Szwarcman.

Claudia Levy et Osvaldo Peredo ce samedi à Ojos que ven [à l'affiche]

Ce soir, 8 octobre 2011, à 22h précises, commencera une soirée de tango typiquement portègne, dans un quartier proche de Almagro, où a lieu en ce moment un festival de tango auto-géré par les artistes eux-mêmes. Ce sera à Ojos que ven (des yeux qui voient ou des yeux pour regarder), avenida Avellaneda 1715, dans le quartier de Caballito.

La soirée sera ouverte par l'auteur-compositeur-interprète et pianiste Claudia Levy à laquelle succédera plus tard, à minuit, le chanteur Osvaldo Peredo, l'un des rares artistes d'un certain âge qui participent au Festival de Tango de Almagro...

Claudia Levy présentera son nouveau répertoire de chansons folkloriques à côté de ses morceaux de tango plus anciens. Osvaldo Peredo sera accompagné par le Trío del Piso Once (le trio du 11ème étage), composé de Claudio Riva, à la guitare, Gerardo De Monaco à la contrebasse et Lucas Furno, au violon. Il restera pour sa part dans un répertoire plus strictement tanguero.