jeudi 21 janvier 2010

La confiance règne, comme dirait l’autre [Actu]

Il y a quelques jours, je vous racontais comment, dans le bruit énorme produit par sa décision de révoquer le gouverneur de la Banque Centrale argentine puis par une décision de justice new-yorkaise qui gelait les avoirs en dollars du trésor argentin aux Etats-Unis, la Présidente Cristina Kirchner avait accusé son vice-président, Julio Cobos, d’intriguer pour obtenir rien moins que sa destitution, provoquant ipso facto un autre énorme scandale qui alimente depuis lors les unes de tous les quotidiens du pays (voir mon article du 13 janvier et celui du 15 janvier à ce sujet).

Julio Cobos avait immédiatement déclaré qu’elle se trompait du tout au tout et avait assuré la Présidente, par communiqué officiel, de sa parfaite loyauté à son égard.

Au milieu de l’été, ce feuilleton politique (aux arguments beaucoup plus sérieux que le ton général de cet article) fait les choux gras des gazettes et donne de la matière aux caricaturistes de presse, comme il est normal dans une démocratie.

Entre temps, le juge de NewYork a levé la mesure qui bloquait les fonds argentins déposés aux Etats-Unis, la Banque Centrale (Banco Central) opère désormais en euros et non plus en dollars (1) pour éviter qu’un autre juge yanki prenne une autre mesure de nature à entraver ses positions, et la Présidente vient de se résoudre à envoyer au Parlement (el Congreso), comme il semblerait bien que la Constitution lui en fasse obligation, le projet de décret qui révoquera, cette fois définitivement, Martín Redrado, maintenu à la tête du Banco Central par une juge fédérale qui lit dans la Constitution que le droit de mettre fin aux fonctions de ce haut fonctionnaire revient au Congrès et non à l’exécutif (2).
Tout rentrerait donc dans l’ordre si Cristina Fernández de Kirchner ne venait pas d’annoncer, à la surprise générale, qu’elle annulait le prochain voyage qu’elle devait faire en Chine pour ne pas laisser l’intérim de la Présidence à Julio Cobos. Trop dangereux ! Sait-on ce qu’il pourrait faire, celui-là, laissé à lui-même pendant 10 jours ! Il est vrai qu’on a vu récemment qu’il était possible de réussir un coup d’Etat sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt : regardez du côté du Honduras. Cristina reste donc à la maison, c’est plus sûr.

Julio Cobos a donc répété hier (3) qu’il est loyal envers le Chef de l’Etat, qu’il ne voit pas ce qui autorise la Présidente à reporter ainsi sine die un acte diplomatique aussi important que ce voyage et qu’elle doit impérativement revenir sur sa décision (en plus, tous les diplomates de la terre vous le diront : les Chinois détestent qu’on leur manque de respect). Cobos prend même tout le pays à témoin qu’il a toujours scrupuleusement accompli son devoir et qu’il fait même plus puisqu’il passe son temps à chercher des solutions pour apaiser des tensions et régler des conflits qu’il n’a pas provoqués (4). Suivez mon regard...

Comme vous l’imaginez déjà, tout cela est pain béni pour Daniel Paz qui s’en est régalé hier matin dans l’édition de Página/12 :


Le moustachu : Cristina a annulé son voyage en Chine pour que Cobos n’exerce pas la Présidence. Il y en a plus d’un dont ça contrecarre les attentes.
L’autre : Qui ça ?
Le moustachu : Cobos et les humoristes...
(traduction Denise Anne Clavilier)

Daniel Paz sait de quoi il parle, lui qui est encore au boulot au lieu d’être à la plage comme tout le monde, et qui réussit à faire rire ses lecteurs en dépit de tout ! Dimanche, il avait publié, à la une de Página/12, un autre croquis dans lequel il faisait deviser deux Argentins lambdas :



Le petit blond : Cobos est ravi que Cristina aille en Chine.
Le moustachu : Pourquoi ?
Le petit blond : il dit que des pays communistes, on ne laisse sortir personne.
(traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12 sur la décision d’annuler le voyage en Chine
Lire l’article de Clarín sur le même sujet
Lire l’article de Clarín sur l’envoi au Congrès du décret de révocation de Redrado
Lire l’article de Clarín sur le changement de devise au Banco Central
Lire l’article de Página/12 du 16 janvier sur la levée de l’embargo sur les avoirs argentins aux Etats-Unis.

(1) La Banque centrale argentine ne peut pas opérer dans la devise nationale puisque celle-ci n’est pas convertible. Dans les faits, tous les paiements internationaux transitent par le Banco Central, qui convertit dans sa monnaie d’opération (maintenant l’euro) toutes les sommes en autres devises puis les reconvertit en pesos, prélevant bien sûr les différentiels à chaque opération. Un client japonais paye en yens son fournisseur argentin et le fournisseur reçoit la somme en pesos, moins la somme du différentiel yen-dollar et du différentiel dollar-peso. C’est aussi à cause de cette non-convertibilité du peso que vous devez faire votre première opération de change à l’aéroport, en arrivant sur le sol argentin. Faites-le donc pour la somme minimum et attendez d’être en ville pour prendre plus (à Ezeiza, les taux de change sont prohibitifs). Sachez que de nombreux chauffeurs de taxi acceptent d’être payés en euros, les compagnies de remis aussi, certains supermarchés également dans Buenos Aires même mais ce n’est pas très avantageux et en plus, ça vous fait perdre beaucoup de temps à la caisse (il faut calculer, convertir, compter ce qu’on vous rend...). Autant payer directement en pesos, que vous retirerez à un guichet automatique, à Buenos Aires et dans les grandes villes, sans l’ombre d’une difficulté avec une carte de retrait internationale et en prenant les précautions d’usage, cela va sans dire.
(2) Martín Redrado, qui faisait presque le plein de soutiens il y a 10 jours, s’est vu entre temps attribuer quelques scandales assez piquants : on l’accuse de s’être enrichi pendant l’exercice de son mandat de Gouverneur de la Banque centrale, d’avoir manqué aux devoirs de sa charge, d’être un opportuniste ou un Golden boy, j’en passe et des meilleures. L’un de ses soutiens, Ricardo Alfonsín, le fils du Président Raúl Alfonsín qui fait lui-même une carrière d’élu radical en s’appuyant sur le nom qu’il porte autant que sur ses convictions personnelles, a appelé Redrado à démissionner de lui-même.
(3) Lisez entre les lignes et découvrez avec quel ton faussement calme Cobos s’exprime : on dirait un ministre anglais cherchant, sans y parvenir, à masquer son exaspération alors qu’il prend très officiellement la défense devant la Chambre des Communes d’une jeune princesse un peu fofolle qui vient de se faire remarquer par son énième excentricité. Le bonhomme est redoutablement habile ; il serait déjà en campagne électorale pour la présidentielle de l’année prochaine qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
(4) C’est aussi une allusion très claire à l’apaisement du conflit avec le secteur agricole qui est resté dans toutes les mémoires pour avoir immédiatement suivi son vote négatif de juillet 2008 au Sénat, or c’est ce vote négatif qui a déclenché la dégradation continue et semble-t-il désormais irrémédiable de ses rapports avec la Présidente (lire
mon article du 19 juillet 2008 à cet égard).

mardi 19 janvier 2010

Ernesto Baffa accorde un entretien à Página/12 [Disques & Livres]

“¿Qué más le puedo pedir a la vida? He tocado con los más grandes. Genios, capos... ¡Piazzolla y Troilo, muchacho!”
Qu’est-ce que je peux demander de plus à la vie ? J’ai joué avec les plus grands. Des génies, des chefs... (1) . Piazzolla et Troilo, alors que je n’étais encore qu’un gamin ! (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

C’est sous cette déclaration d’un grand maître de 77 ans que Cristián Vitale place l’interview du Maestro Ernesto Baffa dans l’édition d’aujourd’hui de Página/12, interview qui paraît à l’occasion de la sortie de son dernier disque, Buen Amigo, un album qui paraît chez Melopea, le label fondé et dirigé par le musicien et chanteur Litto Nebbia. Il s’agit d’une compilation de 14 tangos que Ernesto Baffa présente comme une initiative de Litto et dans laquelle on retrouve des musiciens qu’Ernesto Baffa aime beaucoup... et Nebbia aussi (Néstor Marconi, Kicho Díaz, José Colangelo, Ubaldo De Lío....).

Dans cette interview, Ernesto Baffa revient sur sa carrière, parle à bâtons rompus de la situation actuelle où il est bien difficile de trouver des salles assez grandes pour jouer avec un orchestre consistant (il se plaint de ce que les grandes salles ne s'intéressent qu'au tango for export, le tango adultéré qu’une certaine Buenos Aires âpre au gain aime servir à des touristes peu avertis qui ont payé le prix du concert dans le forfait de leur voyage organisé), il parle de son attachement à son équipe de football (chaque Portègne a une équipe de foot dont il est membre du club, Baffa est lié à Independiente), de ses relations avec Litto Nebbia sur lequel il se montre très élogieux (il aimerait bien enregistrer un nouveau disque original chez Melopea, mais ça dépend de lui, signale-t-il en désignant le chanteur-producteur), de son amour pour le rock et les grands musiciens du genre en Argentine (en revanche, comme l’immense majorité des tangueros, il n’aime pas l’électro-tango, dont il pense que ni Troilo ni Piazzolla ne l’auraient accepté au sein du tango).

Il termine l’interview en rappelant son arrivée dans l’orchestre de Troilo et en rendant hommage à Piazzolla :

–¿Y con Piazzolla?
–Uhhh, caporale de primera. Con él grabé varios temas. Un vanguardista, pero ojo que lo suyo también era tango, ¿eh? Lo sostuve en esa época y lo sostengo hoy. Es cierto que fue muy criticado cuando se fue a Francia y algunos colegas se lo hicieron notar. Pero siempre lo admiré profundamente.

- Et avec Piazzolla ?
- Ouh là là !!!! Des as des as. Avec lui j’ai enregistré plusieurs morceaux. Un avant-gardiste, lui, mais attention : sa musique aussi c’était du tango, hein ? (3) Je l’ai soutenu à cette époque-là et je le soutiens aujourd’hui. C’est sûr qu’il était très critiqué quand il est parti en France (4) et quelques confrères le lui ont bien fait comprendre. Mais je l’ai toujours admiré profondément.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12
En Colonne de droite, dans sa partie inférieure, vous avez un lien vers le site de Melopea (rubrique Les commerçants del Barrio de Tango). Le catalogue de la maison de disque n’existe qu’en espagnol, bien sûr (on ne traduit pas des dates, des titres ou des noms propres). Mais vous pourrez trouver les textes de présentation du label et de son histoire en français. Litto Nebbia m’en a confié la traduction l’année dernière, pour le relookage du site et les 20 ans de la maison.
Ernesto Baffa n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’article sur Barrio de Tango, ce blog. Vous ne trouverez pas à l’heure où je publie cette entrée son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio mais vous y trouverez un lien vers tous mes articles sur Litto Nebbia, sur Aníbal Troilo, sur Astor Piazzolla...

(1) Ernesto Baffa utilise un terme hérité de l’italien : capo (la tête ou le début). Désigne celui qui possède parfaitement une matière, le crack. Une série de DVD, éditée il y a quelques années, reprenait toutes sortes d’archives d’actualités cinématographiques, de films et de télévision, sous le titre de collection Los capos del Tango. Il y avait un volume sur D’Arienzo, un autre sur Pugliese et ainsi de suite sur une demie-douzaine de grands compositeurs et chefs d’orchestre de l’histoire du tango.
(2) Ernesto Baffa a commencé sa carrière dans l’orchestre de Héctor Stamponi à l’âge de 14 ans en 1948. Baffa est ensuite passé à l’orchestre de Aníbal Troilo chez qui il est resté 15 ans (il en parle encore avec des larmes dans les yeux dans le film Café de los Maestros). Puis il a passé plusieurs années avec Horacio Salgán, Astor Piazzolla, Alfredo Gobbi et Pedro Láurenz. Il a aussi monté son propre groupe avec Berlingieri et ensemble ils ont accompagné Roberto Goyeneche sur scène et ils ont même fait un disque avec lui... Lire
mon article sur le film Café de los Maestros.
On peut traduire de deux manières cette dernière phrase de Baffa : ou bien muchacho se rapporte à lui-même comme je l’ai choisi. Ou bien muchacho s’adresse à Cristián Vitale et dans ce cas, il faudrait traduire "mon petit gars".
(3) A la fin des années 70, excédé par les procès d’intention que lui faisaient de nombreux gardiens du temple auto-proclamés du tango, Piazzolla a abandonné le nom tango pour désigner sa musique. Il l’a appelée musique urbaine de Buenos Aires, pour ne plus avoir affaire à ces critiques aigris qui n’avaient même pas accepté le succès populaire de Balada para un loco en 1969 (voir
mes articles sur les 40 ans de ce morceau refondateur de l’esthétique tanguera).
(4) en 1955. Il avait gagné une bourse pour venir étudier la composition pour quatuor à cordes à la Cité Internationale des Arts à Paris. Il avait alors quitté l’univers officiel du tango, depuis 1949. Il voulait devenir un compositeur de musique classique reconnu, ce qu’il ne fut jamais vraiment. Il avait abandonné le bandonéon pour le piano. Et une grande part de sa décision était due à la médiocrité générale du milieu du tango qui lui fit une guerre sans merci (guerre qui répondait aussi à quelques provocations de sa part, il faut bien le reconnaître aussi).

Solidaridad Tango à Sion [ici]

Solidaridad Tango est le nom que le quintette Tango Sensations, dirigé par le bandonéoniste Stéphane Chapuis, aujourd’hui professeur à la Haute Ecole de Musique de Lausanne, et l’association des Trottoirs de Buenos Sierre, présidée par Pierre Olivier et Françoise Bonnet, ont donné à leur apéro-concert qui aura lieu le samedi 30 janvier à 17h, à l’Atelier de construction métalliques René Rebord, à Sion, dans le canton du Valais (16 route de Riddes).

Il s’agit pour les organisateurs de récolter des fonds pour permettre un échange scolaire entre des jeunes valaisans (élèves au Lycée-Collège des Creusets) qui vont partir trois semaines en mars en Argentine avec leurs professeurs et de jeunes argentins que les organisateurs aimeraient faire venir pour un séjour équivalent à l’automne en Confédération Helvétique.

L’après-midi comportera des animations, dont plusieurs démonstrations par les adhérents des Trottoirs, et une tombola.
Tract à télécharger

Tango Sensations, fondé en 2006, est un groupe de musiciens vénézuéliens, brésilien et suisse (bandonéon + quatuor à cordes) qui jouent exclusivement des oeuvres d’Astor Piazzolla dans leurs propres arrangements. Vous pouvez écouter (et télécharger) sur leur site (1) leurs très belles interprétations de quelques grands classiques du compositeur argentin enregistrées en public au Festival de Jazz de Vernier en février dernier (2009). Ils sont impressionnants !

Les Trottoirs de Buenos Sierre est une association de tango de la ville de Sierre, une autre cité du même canton du Valais, qui réunit des amateurs de danse autour de milongas, de stages et de cours.

L’annonce, que vous pouvez télécharger en cliquant sur l’image, distribuer et afficher sans retenue autour de vous dans la région de Sion, dans tout le canton et même un peu au-delà (voyons grand !), parle d’entrée libre et de sortie généreuse.
Comme ça, la prochaine fois qu’on vous dit que la Suisse a un coffre-fort à la place du coeur, vous aurez des arguments à faire valoir contre.

Et pour les non-Suisses qui lisent eux aussi cet article et qui ne sauraient pas bien de quoi je parle, rappelons que Sion est la ville la plus ancienne de la Confédération (voilà 7000 ans que les hommes ont choisi de s’établir dans ce lieu) et qu’elle est la capitale d’un canton à forte tradition vinicole et doté d’un très beau patrimoine architectural (4 châteaux à elle toute seule), bref le cadre idéal pour aller passer un petit week-end peinture-dégustation-tango de derrière les fagots, avec les plaisirs de la neige en prime... Il y a en ce moment une exposition sur la peinture abstraite en Suisse entre 1950 et 1965 à visiter dans l’un des musées de la ville, sur 15 artistes et 150 tableaux, tous les jours de 11h à 17h jusqu’au 11 avril prochain...

Pour en savoir plus :
Visiter le site des Trottoirs de Buenos Sierre. Un lien permanent est installé en Colonne de droite (rubrique Eh bien dansez maintenant !)
Visiter le site de Stéphane Chapuis
Visiter le site de Tango Sensations
Et pour préparer votre week-end de dans deux semaines, vous pouvez visiter le site de Sion Tourisme (ça vous donnera des idées).

(1) Il faut juste corriger un titre : le troisième morceau s’intitule Vuelvo al sur et non pas Sur (Sur est un tango de Aníbal Troilo, mais c’est une confusion fréquente. Il arrive même à des Portègnes 100% pur jus de confondre parfois les deux titres !)

Parfums d’été [Coutumes]

Vous êtes-vous jamais demandé quels pouvaient bien être les marronniers de l’été pour la presse argentine ? En voici deux : l’affluence à Mar del Plata, qui semble être l’unique thermomètre du tourisme estival pour l’immense territoire national, et le palmarès annuel des parfums de crèmes glacées...

Or donc, la saison à Mar del Plata, importante ville portuaire et balnéaire (1), s’annonce très bonne. L’année dernière à la même époque, le secteur touristique faisait plutôt grise mine, la crise internationale ayant raréfié l’estivant (lire mon article). Cette année, il fait très beau (alors qu’à Buenos Aires, il fait trop chaud et que les orages succèdent aux averses et vice-versa). On attend pour la fin de cette semaine l’arrivée du millionième touriste de cet été, alors qu’en 2009, il avait fallu attendre la toute fin du mois de janvier pour atteindre le même nombre de vacanciers. En cette première quinzaine de janvier, le parc hôtelier et les locations ont presque fait le plein (80%). Pour la seconde quinzaine, le même parc affiche un taux de remplissage de 85% (sur la foi des réservations enregistrées). Au cours des deux semaines passées, les vacanciers ont eu droit à 13 jours de beau temps parfait à 30°. Il n’a pas beaucoup plu mais on garde tout de même le souvenir de la grêle qui s’est abattue sur la ville dans l’après-midi du Jour de l’An. Pour aujourd’hui, la météo est plutôt arrangeante : elle prévoit du soleil jusqu’à ce soir et de la pluie cette nuit. Idéal !
Tout cette chaleur va donc faire le bonheur des glaciers. L’art de la glace, les Argentins l’ont hérité de leurs ancêtres italiens. Ce sont d’ailleurs des Italiens qui ont ouvert, en 1902, le premier glacier de Buenos Aires. Il existe toujours et vous le connaissez bien car je vous en ai plusieurs fois parlé ici : el Vesuvio, sur le trottoir nord de l’avenue Corrientes, presque au pied de l’Obélisque qui symbolise la capitale argentine. Les glaces y sont excellentes même au coeur du mois d’août (2)... C’est Clarín qui se penche aujourd’hui sur le hit-parade des préférences des fadas du cornet et de l’éventail en gaufrette : la glace au dulce de leche arrive bonne première (on pourrait s’en douter), avec 18% des consommateurs. Arrivent ensuite la fraise (6%) puis le chocolat. Les derniers de la liste sont le granizado, qui n’est pas un parfum mais un type de crème glacée (3) et le citron. Il paraît que c’est comme ça depuis des lustres et que ce n’est pas près de changer...

Pour déguster tout ça en espagnol pour le plaisir du dépaysement :
Lire l’article de Clarín sur la saison à Mar del Plata
Lire l’article de Clarín sur les glaces et les glaciers...
(1) Mar del Plata est aussi la ville natale de Astor Piazzolla qui y est né le 11 mars 1921. C’est la première station balnéaire du pays, loin devant Bahía Blanca (qui vit naître Carlos Di Sarli et... Néstor Tomassini). C’est aussi un port militaire et un arsenal. C’est enfin le premier port de pêche et de transformation des produits de la mer, à l’échelle du pays.
(2) J’en ai fait l’expérience le 30 août, après une belle journée à Luján et à Tigre, alors qu’il faisait plus de 30° (tout à fait exceptionnel en plein hiver) : la glace dégustée à Tigre face à la rivière était délicieuse et il y avait le choix entre une cinquantaine de parfums.... Je vous ai rapporté quelques photos de cette excursion offerte par Luis Alposta, sa femme et sa fille, après un pataquès kafkaïen qui m’était tombé dessus à la Sadaic alors que je m’efforçais de mettre en règle avec le droit ma future anthologie, Barrio de Tango, et ma maison d’édition, les Editions du Jasmin, dont le scrupuleux respect de la loi est en passe de devenir légendaire dans l’univers du livre en France. Lire
mon article sur Luján et Tigre.
(3) granizado : crème glacée à base de crème anglaise allégée à la meringue.

lundi 18 janvier 2010

Un petit bout de tango à podcaster sur France Musique [ici]

Après la très instructive interview d'Alfredo Arias sur Télérama Radio (cliquez sur le lien pour accéder à mon article), après la carte poste d'Argentine, plus frileuse qu'annoncé, toujours sur Télérama Radio, après l'excellente interview de Horacio Molina et Fulanos de Tal sur la Radio Suisse Romande, voici la chronique de Jean-Louis Mingalon à la fin du numéro de samedi dernier de Etonnez-moi Benoît, une émission hebdomadaire de Benoît Duteurtre sur France Musique...

Quelle moisson de podcasts francophones alors que commence l'année du bicentenaire de l'Argentine !

L'émission de Benoît Duteurtre fonctionne avec un thème et un invité, en l'occurrence le thème était l'art des diseurs, ces chanteurs qui jouaient des chansons au sein de revues dans ce qui était encore la culture populaire parisienne de l'entre-deux-guerres, culture populaire qui a sombré corps et bien depuis, et l'invité est Jacques Crépineau, le directeur du Théâtre de la Michodière, une salle qui a beaucoup compté pour l'illustration de cette culture populaire, sous la direction d'Yvonne Printemps. Il faut écouter cette première partie. Elle est délectable. Elle parle d'un moment de notre histoire qui a bien des points communs avec la culture du tango dans les années 20 à 40, quand le sainete porteño régnait encore sur la rue Corrientes (lire mon article sur de récentes reprises de ce répertoire et sur la réédition d'une sélection d'oeuvres de Alberto Vaccarezza, l'un des maîtres du genre), quand les grands chanteurs criollos s'appelaient Carlos Gardel et Ignacio Corsini, quand les grands orchestres se produisaient dans de grands cabarets restés mythiques... Le contenu de cette partie de l'émission (une heure d'antenne) est d'ailleurs détaillé sur la page du site de France Musique qui lui ait consacrée.

Les 20 dernières minutes sont occupées par la chronique que Jean-Louis Mingalon consacre au tango et à sa culture sur cet espace, de temps en temps. Jean-Louis Mingalon est un journaliste passionné par le tango depuis de nombreuses années et très présent dans le petit monde des milongas et des cours à Paris. Nous fréquentons d'ailleurs les mêmes cours, lui et moi, et nous y croisons régulièrement. Et vous croyez qu'il en aurait profité pour m'annoncer sa chronique pour que je puisse vous en faire profiter plus tôt ! Heureusement que j'ai des espions un peu partout qui me signalent les choses intéressantes. Avec les 24h de la journée, cela devient très difficile de suivre le rythme à moi seule...
En l'occurrence, samedi matinn le 16 janvier 2010, Jean-Louis a présenté trois tangos de trois poètes différents, trois grands troesmas, trois piliers du répertoire et de l'histoire du genre. Ce qui vous vaudra de pouvoir entendre trois excellentes interprétations de chanteuses peu connues par chez nous mais très appréciées là-bas. A peu de choses près dans la même durée que la carte postale de Télérama, Jean-Louis Mingalon a fait des choix beaucoup plus audacieux et beaucoup plus intéressants, en tout cas pour les lecteurs de Barrio de Tango qui viennent sur ce blog pour y découvrir des artistes peu diffusés par chez nous...

De Enrique Cadícamo, vous découvrirez Madame Yvonne, dont Jean-Louis présente l'histoire avec une pudeur qui devient rare... Je me permets donc d'ajouter à son commentaire que la destinée de Madame Yvonne est infiniment plus sordide que ce qu'il en laisse imaginer. En fait, la pauvre fille a été séduite par un recruteur argentin, venu se fournir à Paris (dans le quartier latin) en chair fraîche pour alimenter la traite des blanches dont il est un des nombreux opérateurs (jusqu'aux années 30, la ville de Buenos Aires a souffert d'une énorme carence de femmes, les immigrants étant essentiellement des hommes seuls, cela a entraîné un crapuleux trafic d'êtres humains). Séduite et partie avec son séducteur, Yvonne s'est trouvée contrainte de se prostituer sitôt débarquée à Buenos Aires et Cadícamo nous la présente alors que, de nombreuses années plus tard, elle est devenue la sous-maîtresse d'une maison de tolérance. Madame, c'est en effet le nom que les pensionnaires donnaient aux directrices de ce genre d'établissement. L'envers du décor, sordide, est bien planté par le poète : il ne nous épargne ni l'alcoolisme ni la dépendance à la cocaïne (nieve, neige) dans laquelle la petite Française a sombré dans sa terrible déchéance.... Jean-Louis Mingalon nous la fait donc soft.
L'enregistrement qu'il a choisi offre à nos oreilles Adriana Varela, qui était très à l'honneur en décembre, pour el Día Nacional del Tango à Buenos Aires, il y a un peu plus d'un mois (voir mon article sur les cérémonies officielles de ce jour).

De Enrique Santos Discépolo, Jean-Louis a choisi de nous faire entendre Canción Desesperada, interprétée par Nelly Omar, immense chanteuse sans équivalent aujourd'hui et qui fut elle aussi particulièrement à l'honneur le 11 décembre dernier à Buenos Aires (cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, pour en savoir un peu plus sur cette très grande dame du tango, qui chante encore à près de 99 ans. Elle les atteindra le 11 février prochain). Fait assez peu commun, Nelly Omar est ici accompagnée par un orchestre. D'ordinaire, cette artiste chante à la criolla, avec des guitaristes et uniquement des guitaristes...

Enfin, de Homero Manzi, vous entendrez Malena, dans une interprétation de Lidia Borda, qui m'a paru appartenir à la première manière de la chanteuse. Elle a changé de style depuis. Lidia Borda est souvent présente dans la rubrique A l'affiche de ce blog, comme vous le constaterez en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher. (1) (2)

Un grand merci à Jean-Louis et à France Musique pour rendre ainsi présent le tango sur l'une des radios (publiques, sans publicité) les plus cultivées du paysage audiovisuel français.

Pour accéder à l'émission, il faut vous connecter à sa page sur le site de France Musique (cliquez sur le lien). Jusqu'à vendredi prochain, 22 janvier 2010, vous avez la possibilité de télécharger ce numéro sous forme de podcast directement sur votre iTunes. Après, vous ne pourrez plus que l'écouter en écoute à la carte (onglet (re)écouter de la page dont vous avez le lien ci-dessus). L'émission restera encore accessible sous cette forme pendant 30 jours après sa diffusion à l'antenne. Attention donc : connectez-vous avant le 15 février 2010 pour pouvoir écouter cette chronique que je viens de vous décrire. Après cette date, elle disparaîtra des archives (3).

(1) De ces trois titres, deux sont traduits et présentés dans Barrio de Tango, le livre que je publie prochainement aux Editions du Jasmin (lire mes articles sur ce livre). L'autre devrait faire un jour l'objet d'une présentation sur le site de Rodrigo Rufino et Gisela Passi, dont vous trouverez l'adresse dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie basse de la Colonne de droite. Les tangos à lire se trouvent sur la page Ecouter de leur site...
(2) Si vous êtes adepte de ce jeu musical, avec les deux derniers podcasts que j'ai présentés sur ce blog, celui-ci et l'émission de vendredi dernier de la SRS sur Horacio Molina et Fulanos de Tal, vous pouvez comparer les mérites respectifs de cette interprétation de Lidia Borda et de celle de Horacio Molina, qui chante ce même tango en direct dans l'émission Radio Paradiso, en s'accompagnant lui-même de sa guitare et après avoir donné son propre commentaire sur ce classique d'entre les classiques (c'est complémentaire)...
(3) Et pardon de vous prévenir moi-même avec deux jours de retard : je récupère à peine d'un méchant barbouillage qui m'a mise à plat depuis hier soir, date à laquelle je comptais bien pouvoir publier cet article... La faute à l'hiver. Ce qui vous explique aussi que je n'ai pas pu régler le problème des noms contenant un é dans la rubrique Vecinos del Barrio (Colonne de droite). Je vais tenter de rattraper le temps perdu d'ici le 23 ou le 24 janvier, mais avec la charge de travail pour le bouquin, je ne vous promets rien.

samedi 16 janvier 2010

Horacio Molina sur Radio Paradiso à la Radio Suisse Romande [ici]

Image tirée du site de la SRS

Encore un podcast, francophone (youpi !), sur le tango. Aussi intéressant que le podcast de Télérama consacré à Alfredo Arias (voir mon article sur cette interview) et aussi authentiquement tango qu'une émission de Fractura Expuesta, mais dans la langue de Molière... C'est pas beau, ça ! Vive ce journaliste intelligent, fin et humble, Gérard Suter, qui nous offre, sur le site de la SRS, cette somptueuse heure de tango, de vrai tango, avec quatre artistes d'une grande finesse, le chanteur Horacio Molina, qui se produira au milieu mercredi et jeudi prochain à Fribourg et à Onex (voir mon article au sujet de ces deux concerts) et un jeune trio, composé d'un chanteur et de deux guitaristes, que je découvre en même temps que vous, un trio fondé en 2006, Fulanos de Tal (1) et qui vient de publier, en 2009, son premier disque, Bien criollo.

Une merveille de podcast à aller écouter directement sur le site ou à télécharger, en format Real Player. Les archives sont organisées de telle sorte qu'il n'y a pas le feu au lac pour le récupérer. Même si vous découvrez cet article dans plusieurs semaines, vous pourrez toujours accéder au document avec le lien que je vous donne. Sinon, ce n'est pas compliqué, il vous suffira de parcourir les archives pour trouver celle datée du 15 janvier 2010, puisqu'il s'agit tout simplement de l'émission diffusée hier soir...

Un mot sur cette émission d'un peu moins d'une heure de rang (soustrayez la durée du bulletin d'information). Elle passe tous les soirs de la semaine, du lundi au vendredi, en direct, de 19h à 20h. Et ça s'appelle Radio Paradiso (Session Paradiso) et ça passe sur la Première. Gérard Suter invite des artistes différents chaque soir et prend calmement le temps de les présenter, de les accueillir, de les interviewer et de faire entendre leur talent. Il a pris le temps de bien préparer son émission, il s'est informé, il n'est donc pas dans l'approximation et il nous épargne les clichés habituels (merci à lui parce que sur le tango, ce ne sont pas les âneries ni les platitudes qui nous manquent à la radio, à la télé, dans les journaux...). Et bien sûr, avec une heure d'antenne, sans coupure publicitaire, on peut s'attarder, se comprendre, approfondir les choses et ça donne une émission passionnante, agréable, qui vous fait passer un bon moment de détente et de culture. Gérard Suter semble bien s'intéresser à toutes les musiques du monde, tantôt avec un lien à l'actualité de telle ou telle salle d'une ville de Suisse romande, tantôt sans. Et ce que j'ai le plus apprécié, c'est qu'il ne cherche pas à montrer sa science. Il pose des questions sur le fond sans se mettre en valeur au détriment du temps de parole de son invité comme trop de ses confrères (en tout cas sur les ondes françaises). Ni l'anecdotique ni l'indiscrétion n'intéressent cet intervieweur. Mieux encore, Gérard Suter est capable de se reprendre et de se corriger en toute simplicité, comme lorsqu'il tente de prononcer le titre, pas simple, du disque de Fulanos de Tal (3).

Bref, une émission de grand qualité qui fait du bien aux oreilles et au cerveau, qui ne tombe pas dans la promo bassement commerciale et que je remercie donc du fond du coeur Pierre Olivier et Françoise Bonnet, des Trottoirs de Buenos Sierre, de m'avoir fait connaître il y a quelques heures, grâce à un de ces mails dont ils ont le secret (le lien vers l'association des Trottoirs de Buenos Sierre, dans le Valais, est disponible dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie basse de la Colonne de droite).

Horacio Molina occupe plus de 35 minutes du programme. Il est la vedette qui tracte les trois jeunots derrière soi, avec une générosité qui lui ressemble bien. Horacio Molina a longtemps vécu en France. Il parle donc parfaitement notre langue et donne l'interview entièrement en français, avec un accent si léger que ça ne vous empêchera absolument pas de le comprendre. Horacio se trouve actuellement en Suisse pour deux concerts qu'il doit donner avec le pianiste Gustavo Beytelman et qui sont un grand succès puisque l'une des salles est déjà pleine et qu'il a même fallu la reconfigurer pour faire entrer plus de monde. Vous entendrez donc un extrait du disque Buenos Amigos, son dernier disque en date (chez AcquaRecords, avec le soutien de Tangostore, la boutique en ligne de Zivals), et où il chante accompagné par Beytelman Malena de Homero Manzi et Lucio Demare (avec petite présentation par ses soins sur le contenu du texte).
Horacio est par ailleurs venu au studio avec sa guitare et il chante en direct deux autres morceaux, Flor de Lino, très célèbre valse de Homero Expósito et Héctor Stamponi, et le tango Rubi de Enrique Cadícamo et Juan Carlos Cobián.

Comme tout est en français, je vous laisse aller écouter, sans trop vous dévoiler le contenu de cette longue interview où Horacio Molina raconte son rapport au tango et à la musique, parle de la culture du tango et de Carlos Gardel et de Gustavo Beytelman et laisse couler comme ça vient sa passion pour cette musique et pour son métier. Régalez-vous !

La deuxième partie de l'émission, plus courte, un bon quart d'heure seulement, est consacré à ce jeune trio, récemment formé, Fulanos de Tal. Une interprète facilite le dialogue. Vous entendrez donc directement leurs propos en espagnol (castellano, comme disent les Argentins) puis, ensuite, une reprise fidèle dans notre langue, pas toujours complète à la virgule près mais on s'en moque. Ce qui compte, c'est l'atmosphère conviviale et sans formalité qui règne dans l'émission et qui ressemble beaucoup à ce que vous pourriez entendre en vous connectant aux émissions que je vous recommande de temps à autre à Buenos Aires. On les écoute dans Ventarrón de José Horacio Staffolani et Pedro Maffia et Mano cruel de Armando Tagini et Carmelo Mutarelli (4). Comme le commente Horacio Molina juste après, c'est une interprétation de grande valeur, parce qu'elle est naturelle et simple et que le groupe sert les oeuvres avec le coeur, avec sa sensibilité, sans se faire mousser. Ils se produisent très prochainement, ce soir et au tout début de la semaine, sur trois concerts, tous à Genève. C'est la première fois que je vous parle d'eux mais m'est avis que ce n'est pas la dernière.

La page de l'émission du 15 janvier comporte les liens vers le site de Horacio Molina et sa page Myspace (vous trouverez aussi son site dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, de la Colonne de droite) et vers la page Myspace de Fulanos de Tal. Allez-y...

Pour accéder à la page globale de Radio Paradiso, cliquez sur ce premier lien.
Pour accéder à l'émission du vendredi 15 janvier, cliquez sur ce second lien.

En cliquant sur le nom de Horacio Molina dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous pouvez accéder à tous les articles qui le concerne dans Barrio de Tango, vous accéderez aux mêmes articles en cliquant sur son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite. Si vous cliquez sur le mot ici, vous trouverez tous les articles sur les événements relatifs au tango en Europe francophone (et même de temps en temps un petit peu en Espagne).

(1) Tal et Fulano, c'est comme Untel en français. Autrement dit, ils ont choisi de s'appeler Les Inconnus ou les N'importe qui.
(2) Lo mismo que "No te apures"... en suizo popular.
(3) Comme ce serait bien d'avoir des animateurs suisses sur les radios... françaises !
(4) Sur les 5 morceaux chantés au cours de cette émission, 2 sont traduits dans mon prochain livre, Barrio de Tango (voir mon article sur cette prochaine parution et le contenu de l'ouvrage) et 1 fera sans doute un jour ou l'autre l'objet d'une publication en version bilingue sur la page Ecouter du site de Gisela Passi et Rodrigo Rufino (le lien à leur site se trouve dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la Colonne de droite).

vendredi 15 janvier 2010

TP (1) de grammaire et de sémantique argentines pour la plage (celle Mar del Plata) [Jactance & Pinta]

En guise d’exercice rébarbatif, je veux en fait vous présenter le dessin humoristique à la une du Página/12 d’aujourd’hui, par lequel Daniel Paz commentent, avec son style percutant habituel, la nouvelle dégradation des relations entre la Présidente et le Vice Président d’Argentine. Avant-hier, je vous racontais comment la situation s’était encore envenimée à la suite du gel par décision de justice de fonds publics argentins déposés en dollars US aux Etats-Unis, alors que la dernière décision en date de la Présidente, celle de limoger le Gouverneur de la Banque centrale, le Banco de la Nación, garant de la stabilité de la devise nationale, soulève une montagne de protestations (lire mon article à ce sujet).

Ainsi donc, comme vous vous en souvenez, au lendemain de la décision du juge nord-américain, le Vice Président s’est vu accusé par la Présidente d’intriguer pour obtenir sa destitution. Elle avance en effet qu’il veut devenir Président (à sa place) sans attendre 2011 et la fin de leur mandat actuel (2).

Le Vice Président, Julio Cobos, lui a répondu, par voie de presse, que telles n’étaient pas ses intentions et qu’il comptait bien remplir sa charge en toute loyauté et qu’il irait jusqu’au bout de son mandat de vice-président de la République et de président du Sénat (en Argentine, les deux postes sont liées comme aux Etats-Unis, en Uruguay et dans beaucoup de pays d’Amérique Latine dont la constitution s’inspire souvent de celle des Etats-Unis, le pays qui a déclenché la décolonisation de tout le continent, depuis Washington jusqu’à Buenos Aires et Montevideo, le Canada faisant exception à la règle puisqu’il est resté jusqu’à ce jour fidèle au modèle institutionnel de Londres).

Malgré les déclarations tranchées de part et d’autre, la situation politique et les alliances en présence restent assez peu déchiffrables pour le citoyen lambda comme pour l’observateur de la vie politique. Personne ne sait vraiment ce que ces deux-là sont en train de manigancer chacun de son côté, les esprits s’échauffent et les politologues se perdent en conjectures.

Ce qui a inspiré ce dessin en apparence très simple mais qui jongle, l’air de rien, avec plusieurs ambiguïtés grammaticales et sémantiques :


Le conseiller : Cobos dit que le mandat, il veut en voir le bout.
La Présidente (qu’on reconnaît très bien à sa coupe de cheveux et à ses lèvres pulpeuses) : le sien à lui ou le mien ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Solution de l’exercice :

En Argentine (en Espagne aussi et dans toute l’Amérique Latine également), la formule de courtoisie n’est pas la 2nde personne du pluriel comme en français ou en vieil anglais mais la 3ème personne du singulier (3) comme en italien, en allemand ou en néerlandais...
Ici, l’adjectif possessif su a donc un double sens : "son" (mandat) et "votre" (mandat). Cette ambiguïté n’est pas transposable en français. Pour départager les deux sens, l’Argentin est obligé de recourir à une périphrase pour éviter le recours à l’adjectif possessif. Et dans la situation présente, le journaliste a choisi d’employer deux homonymes parfaits : l’article défini el (que nous traduisons nous par "celui") et le pronom personnel de 3ème personne du singulier masculine él (il, lui) : el [mandato] de él (littéralement le [mandat] de lui).
Ajoutez que le verbe terminar a lui aussi un double sens : "aller jusqu’au terme" de quelque chose ou "mettre fin à" quelque chose.
Ce qui donne trois significations, la possibilité que Cobos veuille démissionner n’étant pas écartée, loin de là (dans le contexte politique présent, cette solution-là serait pain béni pour la Présidente).

Et tout cela en 13 mots, pas un de plus...
Alors, à votre avis : ¿el de él ou el suyo? (4)

(1) TP : travaux pratiques, expression universitaire et lycéenne (en France le lycée recouvre les trois années précédant le baccalauréat).
(2) Le mandat présidentiel dure 4 ans en Argentine et si l’élu ne peut plus exercer ses fonctions avant l’expiration de son mandat, pour quelque raison que ce soit, c’est le Vice président qui lui succède ipso facto, comme aux Etats-Unis, sans qu’il soit nécessaire de recourir à un scrutin anticipé, contrairement à ce qui se passe dans le même cas en France pour le chef de l’Etat et en Belgique pour le Premier Ministre.
(3) En français, cette construction existe mais elle ne s’applique que dans des cas très particuliers : lorsqu’un domestique s’adresse à son maître (Madame est servie. La voiture de Monsieur est avancée) ou lorsqu’une personne de rang subalterne s’adresse à une personne qui a droit à un prédicat honorifique : Majesté (roi, empereur), Sainteté (chef religieux), Altesse (prince), Eminence (cardinal), Excellence (ambassadeur, chef d’Etat républicain, membres d’un gouvernement étranger). Les prédicats Grâce (duc ou certains dignitaires religieux) et Seigneurie (baron, marquis...) sont tombés en désuétude en France. On ne les emploie plus guère que dans des contextes très solennels et officiels ou très mondains pour désigner des aristocrates, la plupart du temps étrangers, britanniques notamment... Tous ces prédicats appellent un verbe à la 3ème personne et non pas à la 2ème personne du pluriel comme on le constate souvent au cours d’interviews menées par des journalistes ignorants des convenances (si ce n’était que des convenances !) ou dans des oeuvres de fiction mal documentées. On n’écrit pas (on ne dit pas non plus) : Veuillez agréer, Votre Majesté. On écrit Daigne Votre Majesté agréer etc. En Belgique, les membres de la Cour et les dignitaires officiels s’adressent aux membres de la Famille royale sans prédicat et entièrement à la 3ème personne : La Reine pense-t-elle que... Le Roi accepterait-il de... Si la Princesse souhaite...
(4) Littéralement : celui de lui ou le sien ? Bien sûr, qui voudrait s’exprimer clairement devrait écrire : [el] de él o [el] de ella (le sien à lui ou le sien à elle).

Nouveau podcast relatif à l'Argentine sur Télérama : Mondo Sono n° 59 [ici

Sur Barrio de Tango, je passe mon temps à vous parler de radio et de podcast sur des sites argentins, incompréhensibles par le fait même pour beaucoup de mes lecteurs puisqu'ils n’ont pas tous, bien évidemment, la bonne version du bon logiciel linguistique installé par défaut dans le système de base de leurs cellules grises. Et moi qui les fais saliver devant des trucs dont ils ne peuvent pas se régaler.

Et voilà que Télérama Radio met en ligne une émission en format court pour présenter quelques artistes. Pas des artistes que la journaliste soit allée chercher là-bas. Ne rêvons pas ! Non, des artistes dont les albums sont déjà disponibles depuis de nombreuses années sur le marché européen, des albums édités et distribués par des labels français (Ya Basta Records, chez Barclay, qui lui-même appartient au groupe Universal, et Mañana, distribué par Naïve).

L'émission en podcast appartient à la série Mondo Sono qui présente ses numéros comme autant de cartes postales venues de pays proches ou lointains.
Cette carte postale-là est bien entendu censée avoir été postée en Argentine. Allez savoir pourquoi elle nous arrive nantie d'un timbre à 0,56 € à l’effigie de Mariane ! Rien de très dépaysant donc à attendre. Personnellement, je ne peux pas m'empêcher de le déplorer car Télérama se veut défenseur et promoteur de la culture, la vraie, l'ouverture au monde, l'audace intellectuelle d'aller à l'encontre du prêt-à-penser vendu en package de deux-en-un. Télérama avait là une occasion en or de sortir du déjà vu. Mais pour finir, il ne nous livre qu'un rappel sur des artistes dont les disques sortis il y a plusieurs années et qui ont déjà fait l'objet d'articles dans la version imprimée du magazine. La créativité et la diversité de la musique populaire en Argentine aurait bien mérité que les chroniqueurs de Télérama fassent preuve d'un peu plus d'effort et de curiosité, surtout en ce début d'année où le pays fête son bicentenaire. En voyant le titre du podcast, je m'attendais, je l'avoue, à quelque chose de plus riche et de plus original, après la brillante et passionnante interview d'Alfredo Arias que Fabienne Pascaud a menée, toujours sur Télérama Radio, au début du mois. L'interview est d'ailleurs toujours téléchargeable sur le site de Télérama. Profitez-en donc tant qu'il est encore temps (lire mon article sur le podcast consacré à Alfredo Arias).

Ce Mondo Sono spécial Argentine d’Eliane Azoulay a été mis en ligne au début de la semaine, le 11 janvier 2010.
Après une entrée en matière sur quelques mesures quasi-obligatoires de la voix de Carlos Gardel (un tango qui n’est pas des plus connus, ce qui mérite d'être souligné), la journaliste nous fait entendre l’un derrière l’autre :

Un tango du trio Gotán Project qui, selon elle, modernise et rafraîchit cette musique traditionnelle, affirmation très discutée puisque l'électro-tango est en fait leur invention (mélanger le son du bandonéon avec celui de la musique électronique) et qu'ils sont loin, très loin de résumer le foisonnement inventif de la création musicale du tango contemporain en Argentine, d'autant que Gotán Project compte deux Européens (un Français et un Suisse) et un seul Argentin et qu'ils vivent surtout en Europe (leur musique sert d'ailleurs de bande sonore à pas mal de spots publicitaires, pour produits d'hygiène de la maison notamment, on n'a donc pas affaire à des artistes ayant besoin d'un coup de pouce pour atteindre le grand public),

Une zamba du duo Christoph Müller et Eduardo Makaroff, tous deux membres du trio ci-dessus cité, le premier est suisse et le second argentin (le troisième membre du trio est un DJ français). Ainsi donc, contrairement à ce que le commentaire laisse entendre, on écoute toujours les mêmes musiciens que sur la piste précédente. Cette zamba, intitulée El gaucho, est présentée dans le podcast comme une "expression musicale typique des gauchos". Pourtant il s'agit ici de musique contemporaine, très proche de la variété européenne actuelle et si le morceau est inspiré par la zamba, il ne ressemble pas pour autant à ce que l'on joue et ce que l'on chante dans les régions rurales de l'Argentine profonde (1).

Enfin une milonga de Daniel Melingo, artiste que le public européen apprécie énormément mais dont il faut savoir néanmoins qu’il divise, lui aussi, de manière radicale le public de tango à Buenos Aires (là-bas, il y a ceux qui aiment Melingo et alors ils l'aiment vraiment et ceux qui n’aiment pas mais alors pas du tout ni ce que fait Melingo ni la manière dont il le fait). Le commentaire présente, d'une manière très approximative, la milonga comme l'ancêtre du tango.

Cette idée, très répandue, fait partie de ces assertions que tout le monde répète à temps et à contretemps sans même y avoir réfléchi (là-bas aussi) mais ce sont néanmoins des assertions erronées :
la milonga n’est pas tant l'ancêtre du tango qu'une forme musicale de l’Argentine rurale (campera), issue du romance espagnol, une forme de chanson populaire fondée sur l'octosyllabe, et co-existe puis évolue à côté du tango en train de se former progressivement en mêlant habanera cubaine, tango dit andaluz, candombe rioplatense, musique klezmer et musique populaire napolitaine, entre autres ingrédients (il ne faut pas oublier la musique classique avec Bach, Mozart, Chopin, de nombreux compositeurs romantiques, sans oublier la musique tsigane et les traditions populaires de l'Europe intérieure...). Cette milonga, qu'on a appelée campera à partir de 1932, a donc bien eu quelque influence sur les balbutiements du tango (de 1870 à 1885 à peu près) mais elle a survécu à la naissance de ce dernier et poursuivi sa propre évolution jusqu’à nos jours, avec une grande date, 1932, année où le poète Homero Manzi et le compositeur Sebastián Piana ont inventé ensemble la première milonga ciudadana (urbaine), Milonga sentimental, qui renouvela complètement cette musique et la sépara définitivement de sa forme campera, lente, monotone et tristounette.
Autre inexactitude que j'ai repérée dans le commentaire : le tango n’est pas né au début du 20ème siècle mais à la fin du 19ème, il est en effet attesté sous sa forme bien caractéristique dès 1880 (2).

S’il n’y a donc rien de radicalement nouveau ni de particulièrement audacieux dans l'émission, Gotán Project et Melingo étant des musiciens plutôt bien acclimatés ici, les titres sélectionnés présentent l'avantage de n'être pas trop difficiles à se procurer, sans quitter la langue de Molière, dans les grandes villes (ou grâce à une boutique en ligne), puisqu’en France, les grands réseaux de distribution ont fini par avoir la peau des petits disquaires indépendants et que les CD et autres DVD disposent désormais d’une diffusion standardisée, ce qui a fortement rétracté la variété de l’offre culturelle.

Si donc, vous, vous êtes curieux de diversité, si vous aimez l’authenticité, faites main basse si vous voulez (avec discernement néanmoins) sur le peu que nous proposent nos grandes surfaces puis allez fureter dans ma rubrique A l’affiche, dans la partie haute de la Colonne de droite, ou dans les rubriques Disques & Livres, Les musiciens ou/et Les chanteurs : vous y trouverez de nombreux articles sur tout ce qui se passe à Buenos Aires de nos jours (dont plusieurs articles sur Melingo et sur l'un de ses principaux partenaires d'écriture, le poète Luis Alposta). Et si ces lectures vous insufflent ne serait-ce qu’une bouffée de fièvre acheteuse, ce dont je me réjouirais, vous avez de quoi contenter votre envie dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite.

En cette année du bicentenaire de l'Argentine, fasse le Ciel que les rédacteurs en chef, les journalistes et les animateurs de nos journaux, radios et chaînes de télé s'arment d'un brin de curiosité pour ce qui se fait là-bas et qui soit autre chose que le Dakar et leur accorde avec générosité l’art et la manière d’éviter les clichés. D'ici là, je continuerai à vous renvoyer systématiquement sur des stations de radio en ligne qui ne causent qu'en étranger et avec un débit de mitraillette dont j'avoue qu'il est parfois un peu dur à suivre (mais l'avantage des podcats, c'est que vous pouvez faire des pauses, revenir en arrière, répéter, continuer... à votre rythme).

Cliquez sur le lien pour accéder à l’article sur ce Mondo Sono spécial Argentine.
Cliquez sur le lien pour accéder directement au numéro 59 en MP3 sans passer par sa présentation écrite.
Et si la qualité de l'information diffusée par la presse vous tient à coeur, je vous recommande la communication que le sociologue et journaliste Philippe Meyer a prononcée le 27 novembre 2006 devant l'Académie des Sciences morales et politiques (de France) et que Canal Académie met aussi à la disposition de ses auditeurs sous format Mp3. Vous trouverez le site de Canal Académie, la radio digitale de l'Institut de France, dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) en bas de la Colonne de droite. Pour écouter le document du 27 novembre 2006, Journalisme et démocratie, cliquez sur le titre de l'intervention.

(1) Pour entendre du folklore argentin, consultez de préférence le site du label argentin Melopea, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango. Là, c'est de l'authenticité garantie 100% ruralité argentine.
(2) Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'histoire du tango trouveront un raccourci vers une chronologie assez nourrie que j'ai rédigée il y a quelques mois sur ce sujet, dans la rubrique Petites chronologies, installée dans la partie médiane de la Colonne de droite.

mercredi 13 janvier 2010

Cucuza et Moscato reviennent en été... dans le quartier de l'Abasto [à l’affiche]

Ce sera au Sanata Bar que vous connaissez bien, si vous consultez souvent les pages d’actualités des spectacles de ce blog (de nombreux artistes s'y sont déjà produits) : il se situe dans le quartier de l'Abasto, tout près de la maison de Carlos Gardel, devenu depuis quelques années un musée public de la ville de Buenos Aires (Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaurès 735).

Le Sanata se trouve, lui, esquina Sarmiento y Sánchez de Bustamante, un tout petit peu plus au sud, de l'autre côté de la avenida Corrientes. Cucuza a même calculé lui-même le chemin qui sépare le café de la sortie du métro Carlos Gardel, située juste devant le centre commercial de l’Abasto : 96 pas... (1) Trêve de plaisanterie : c’est à une grosse centaine de mètres du métro...

Le show, comme on appelle tous les spectacles là-bas, est prévu à 22h, samedi 16 janvier 2010. La participation est laissée à votre libre appréciation.

Photo diffusée par Cucuza


Sous cette magnifique photo au charme un brin désuet et où vous pouvez reconnaître nos deux amis (Moscato, c’est le chevelu qui a une guitare. Cucuza, c’est la superbe coupe de cheveux à cravate à rayures qu’on voit derrière le manche de l’instrument), je vous livre le message diffusé par mail par le chanteur, avec son humour habituel mais avec une rareté de paroles rare chez lui (ça doit être la chaleur, accablante en ce moment à Buenos Aires) :

Llegan para hacer un repertorio hecho de Tangos de los buenos, a saber: "Farolito de papel", "Olvido", "Suerte loca", "El adios" entre otros...

VALOR DE LA ENTRADA:
Usted paga lo que quiere, eso si pensando que Cantor y Guitarrista tienen familia, 3 orejas y una boca que alimentar ¿capiche...?

"Sanata Bar"
Sarmiento 3501 y Sánchez de Bustamante
(Abasto, a 96 pasos de la estación Carlos Gardel, subte B)

Ils s’amènent pour jouer un répertoire composé des meilleurs tangos, à savoir : Farolito de papel, Olvido, Suerte loca, El adiós parmi d’autres...
Prix de l’entrée :
Payez ce que vous voulez mais à toutes fins utiles, rappelez-vous que le Chanteur et le Guitariste ont des familles, trois cheveux sur le caillou ou plus et une bouche. Ça rentre dans la petite tête ?
(2)
Sanata Bar
Sarmiento 3501 et Sánchez de Bustamante
(Abasto, à 96 pas du métro Carlos Gardel, ligne B)

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans la Colonne de droite, vous disposez du lien vers les pages Internet des deux artistes, dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, dans la partie inférieure de la Colonne. Dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous avez des mots clés qui vous permettent d’accéder à d’autres articles en fonction des thèmes que vous recherchez (artiste, quartier...). Le mot clé Affiche vous permet de repasser l’ensemble des articles sur l’actualité des spectacles depuis un an et demi que ce blog existe.

(1) En Argentine comme en français, quand on veut signaler une distance très petite, on dit à deux pas, à trois pas de...
(2) C’est de l’italien en transcription espagnole, dans le texte de Cucuza. Capisce en orthographe italienne. Littéralement "Il comprend ?" ou "Vous comprenez ?". En italien, comme en espagnol, on parle à la 3ème personne du singulier là où le français utilise le pluriel de courtoisie. Paga est la 3ème personne du subjonctif.

Les assiettes volent bas à la Casa Rosada [Actu]

C’est un vrai brol (1), comme disent les Bruxellois, un invraisemblable remue-ménage, comme disent les Français, un séisme cataclysmique, comme clamerait Cyrano de Bergerac, que vient de déclencher à la tête du Cône Bleu (2) un juge de New-York (toujours les yankis !) qui a gelé les avoirs en dollars que la Banque Centrale argentine (Banco Central) a déposé aux Etats-Unis. Cette décision, prise à la demande de débiteurs détenteurs de titres d’emprunt d’Etat argentins et las de renégocier sans cesse l’échéancier de remboursement, intervient au beau milieu d’un psychodrame politique majeur, arrivé à point en janvier pour secouer la torpeur de l’été. Les quotidiens argentins en sont remplis depuis une semaine. L’affaire concerne la politique économique et financière de la Présidente, Cristina Fernández de Kirchner.

Je ne vous en avais pas parlé encore parce que Barrio de Tango, ce blog, n’a pas vocation à passer en revue toute l’actualité politique argentine (il y a d’autres sites qui s’en occupent). En fait, je n’en parle ici que dans la mesure où les soubresauts de la vie publique du pays influencent la vie concrète des Argentins, leur vie au jour le jour, elle qui constitue le terreau où pousse le tango, art profondément politique et social, comme l’est n’importe quel art authentique dans les pays où les nécessités vitales ne sont pas garanties à de trop nombreux habitants et où le politique est alors bien légitimement au coeur des préoccupations de tous... Je vous résume donc la situation...

Il y a une semaine, la Présidente a destitué le Gouverneur de la Banque Centrale qui refusait de livrer au Gouvernement tout ou partie de sa réserve en dollars US avec laquelle elle entend éponger la dette publique contractée par l’Argentine avant le krach de décembre 2001, essentiellement sous les présidences ultra-libérales de Carlos Menem et Fernando de la Rúa. En effet, le Gouverneur, Martín Redrado, estime que ces réserves constituent une garantie de stabilité (relative mais bien réelle) de la monnaie argentine et qu’il est responsable de cette stabilité, toute relative qu’elle soit, lui qui peut présenter un bilan de gestion de la crise internationale actuelle que beaucoup de banques centrales lui envient et qui, par là même, a donc contribué à redresser l’image de son pays sur les marchés internationaux. Redrado a donc fait appel de la décision qui le limogeait. Il a eu gain de cause deux jours après et a donc repris ses fonctions, dans la situation difficile que vous pouvez imaginer. La juge qui l’a rétabli dans ses fonctions analyse que c’est au Congrès de démettre le titulaire de ce poste alors la Présidente considérait que le vote du Congrès sur ce point n'était qu’une formalité consultative. Elle a fait appel de la décision judiciaire et le Congrès a mis en tête de son ordre du jour l’examen de la destitution du haut fonctionnaire.

Tous les députés et sénateurs sont donc rentrés dare-dare de leurs villégiatures diverses et variées pour siéger à Buenos Aires, au coeur de l’été, sous la chaleur accablante et dans les orages météo qui s’abattent en ce moment sur la Capitale. Le débat parlementaire qui s’est instauré entre opposition et majorité est d’autant plus acharné qu’il n’y a plus de majorité en tant que telle dans le nouveau Congrès, renouvelé le 10 décembre dernier, avec le départ des sortants en fin de mandat et l’arrivée des élus des législatives nationales du 28 juin 2009 (voir mon article sur ce scrutin).

De surcroît, les lecteurs de la première heure de Barrio de Tango (le blog, pas le bouquin, qui n’est pas encore sorti) se souviennent que la Présidente et le Vice Président, qui est aussi de jure président du Sénat, sont en froid, c’est le moins qu’on puisse dire, depuis juillet 2008, lorsque le Vice Président, Julio Cobos, a voté contre un projet gouvernemental d’indexation de taxes agricoles sur les exportations de matière première, notamment le soja (lire mon article sur ce vote, c’était le premier de ce blog, et cet autre article sur les retrouvailles frisquettes des deux partenaires de formule après le vote en question).
Ajoutez à cela que la Présidente est péroniste et le Vice Président radical, c’est-à-dire qu’ils appartiennent chacun à des formations politiques qui se concurrencent et s’opposent depuis une soixantaine d’années sur des enjeux politiques similaires, à la fois sociaux et nationalistes (développer le potentiel économique argentin avec de la technologie et des capitaux nationaux), mais par des méthodes de gouvernement et des alliances différentes.

Après la décision du juge états-unien, l’affaire de la destitution-restauration du Gouverneur de la Banque Centrale a pris une tournure ubuesque (3) : la Présidente accuse Julio Cobos d’ourdir un processus de destitution à son encontre. Il voudrait, pense-t-elle, et son mari avec elle, devenir calife à la place du calife, comme on dit dans Iznougoud (4). Julio Cobos jure ses grands dieux que pas du tout, qu’il restera à sa place dans la formule présidentielle jusqu’à la fin du mandat actuel, c’est-à-dire jusqu’aux élections qui doivent avoir lieu en 2011 (on voit mal ce qu’il pourrait dire d’autre, soit dit en passant). Or il y a belle lurette (depuis juillet 2008) que les esprits bien intentionnés prêtent au Vice Président l’intention de se présenter lui-même à la magistrature suprême à la prochaine échéance électorale.

L’année du bicentenaire vient tout juste de commencer. Que va-t-elle bien pouvoir nous réserver partie comme elle est ?

Tous les journaux de ce matin sont pleins des rebondissements jarriens de cette affaire. Je vous laisse juger par vous même en quels termes et sur quel ton...

Pour la gauche :
Lire l’article de une de Página/12
Lire l’article de Página/12 consacré au soutien qu’apporte à la Présidente son ministre de l’Economie, Amado Boudou, qui fut auparavant le fringant Directeur Général de l’ANSeS, la Sécurité Sociale argentine.
Lire l’article de Clarín consacré aux accusations de Cristina Fernández contre Cobos
Lire l’article de Clarín consacré aux protestations de loyauté de Julio Cobos

Pour la droite (opposition nationale) :
Lire l’article de La Nación sur le procès d’intention de Cristina contre Cobos
Lire l’article de La Prensa sur le même sujet
Lire l’article de La Prensa consacré à la décision du juge nord-américain
Lire l’article de La Prensa consacré aux dénégations endolories de Cobos et à l’huile que Mauricio Macri, chef ultra-libéral du Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires, verse sur le feu à grandes rasades...

Enfin, si après tout cela vous avez envie de prendre un peu de hauteur (ce serait bien naturel), immergez-vous donc dans l’interview que l’historien et écrivain Horacio Salas a accordée à La Nación au sujet des moeurs politiques qui règnent dans le pays...

Vous pouvez aussi vous (re)plonger dans l’interview récente (et encore téléchargeable) du dramaturge et metteur en scène Alfredo Arias sur Télérama Radio où il parle (en français) du grand chaos qu’est son pays natal et de tous ces hommes politiques qui passent leur temps à escroquer leurs concitoyens (lire mon article au sujet de cette interview).

(1) brol : terme populaire bruxellois qui signifie grand désordre (chambard, bazar, souk, en français de France).
(2) Cono azul, surnom de l’Argentine, comme la France est l’Hexagone ou la Belgique le Plat Pays (même s’il y a des montagnes à l’est). C’est un mélange entre la forme du territoire continental et la couleur du drapeau.
(3) adjectif tiré du nom du personnage principal d’une pièce sur l’absurdité du pouvoir dictatorial : Ubu roi, d’Alfred Jarry. L'adjectif sert à désigner des situations ou des décisions grotesques et irrationnelles sans aucune solution, encombrées de raisonnements absurdes et ridicules. Pour ceux que l'histoire de cet adjectif passionne, je renvoie à cette émission courte (6 minutes et 8 secondes), en français, récemment mise en ligne par Canal Académie et téléchargeable depuis le site de station, Grâce à Alfred Jarry, Ubu devient notre compagnon, de Bertrand Gallimard Flavigny.
(4) Rappelez-vous que René Goscinny, scénariste de ces légendaires albums de bande dessinée, a passé toute son enfance à Buenos Aires ! Il a dû lui en rester quelque chose une fois de retour en pays gaulois (el país galo, c’est comme ça qu’on surnomme la France en maintes contrées hispanophones, dont l’Espagne et l’Argentine)...

mardi 12 janvier 2010

Des nouvelles du galion de Puerto Madero [Actu]

Il s’agit du galion espagnol que des fouilles archéologiques préventives ont permis de découvrir, dans un ancien bassin d’amarrage du port de Buenos Aires, à proximité du Río de La Plata, à l’occasion d’un gigantesque chantier immobilier dans le nouveau quartier de Puerto Madero (1). La découverte a été réalisée le 29 décembre 2008 et j’en avais parlé dans ce blog en son temps (lire mon article du 31 décembre 2008).
Dans une semaine, le 18 janvier, commenceront les travaux pour sortir de terre ce qui reste du navire. Il sera ensuite transporté jusqu’à La Boca, un quartier limitrophe, plus au sud, le quartier de l’autre port, le port domestique, installé sur l’embouchure du Riachuelo qui se jette là dans le Río de la Plata. Si vous lisez l’article que j’ai consacré à l’anniversaire de Buenos Aires le 2 février 2009, vous apprendrez (si vous ne le savez déjà) que le port de La Boca est sans doute le port naturel initial où s’abritèrent les bâtiments des expéditions espagnoles de Pedro de Mendoza et Juan de Garay, les deux fondateurs de la ville à un demi-siècle de distance. (Pour l’ensemble des grandes dates qui ont façonné l’histoire de la région, cliquez sur le Vademecum historique que vous trouverez dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite).

Dans leur nouveau lieu, où ils devraient être visibles du public sous une forme qui reste à définir, les vestiges seront à nouveau enfouis, pour permettre leur conservation : Buenos Aires a un climat très humide (en ce moment, en plein été, il fait très chaud et il pleut tout le temps. Dans la nuit, un orage a déraciné des arbres, noyé quelques rues et fait de nombreux dégâts dans l'ouest de la ville). Dans cette atmosphère moite, le bois se décompose très vite. Or ces vestiges sont la découverte archéologique la plus importante de toute l’histoire de la capitale argentine. Ils seront donc installés dans une ancienne gare de chemin de fer désaffectée, Barraca Peña (ce qu’on pourrait traduire par "Barraque du ralliement" ou "Barraque des copains", un peu comme dans la chanson de Georges Brassens Les copains d’abord...). Avant de servir de gare, Barraca Peña était une gargote épicerie où se rassemblaient les habitants du quartier pour venir boire un verre et jouer aux cartes. Peut-être y a-t-on dansé le tango, entre immigrés majoritairement italiens... (2)
L’ensemble des travaux de translation des vestiges vont durer trois mois, selon toute probabilité, tant l’épave est fragile, 300 ans environ après son naufrage dans le port de Buenos Aires.

Pour en savoir plus :
Lire mes autres articles sur ce galion :
L’article du 31 décembre 2008
L’article du 17 juillet 2009 sur la décision d’installer ces vestiges à La Boca, prise par le Ministère de la Culture de la Ville autonome de Buenos Aires
Et sur une autre découverte archéologique récente et combien emblématique, celle du sol du mythique Café de Hansen, à Palermo, lire mon article du 27 décembre 2008
Pour aller plus loin :
Lire l’article de Clarín sur les travaux de sauvetage qui commencent lundi prochain (édition du 9 janvier 2010)
(1) le quartier le plus cher de la capitale argentine. Grues et gratte-ciel à perte de vue... C’est cher, ça n’a pas d’âme et c’est hideux. Je me souviens de m’être baladée en voiture à travers ces rues aseptisées avec le peintre Chilo Tulissi au retour d’une promenade que nous avions faite dans la Réserve écologique, aménagée sur des terres prises au fleuve, et j’en garde le souvenir d’un camaïeu de gris, très européanisant (on se croirait à La Défense ou dans les quartiers d’affaires de Bruxelles) et complètement atypique dans cette ville multicolore par nature. Je me souviens aussi de quelques arbres très récemment plantés et dont la maigreur déplumée me faisait pitié au pied des tours immenses. En fait, Buenos Aires est en train de reconvertir ce qui fut autrefois, jusqu’aux années 60, le quartier populaire par excellence de Buenos Aires (el bajo, comme on appelait tout ce coin qui s’étendait du fleuve jusqu’à l’entrée de la rue, maintenant avenue, Corrientes, jusqu’au Luna Park aujourd’hui, et un peu au-delà) en un quartier hyper-chic d’anciens docks en briques réaménagés en luxueux duplex, en boutiques de haute couture et de design, en restaurants d’affaires, en hôtels internationaux 5 étoiles, et en béton, en verre et en métal, dès qu’on quitte l’ancien port proprement dit et qu’il n’y a plus de docks à travestir. On se croirait dans ce cauchemar imaginé par le poète Cátulo Castillo (1906-1975) dans un tango d’anticipation cauchemardesque (musique d’Héctor Stamponi), que vous pourrez trouver prochainement, traduit par mes soins, dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, à paraître au printemps 2010 aux Editions du Jasmin (voir sous le lien mes articles relatifs aux 380 pages de ce bouquin). Puerto Madero, le quartier le plus riche, jouxte La Boca, l’un des quartiers les plus pauvres (avec Nueva Pompeya, Mataderos et quelques autres, tous au sud). Il n’y a presque qu’un canal portuaire à traverser, par-dessus un pont levant, pour passer de l’un à l’autre.
(2) les Argentins de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle avaient l’habitude de raconter cette blague, sous une forme ou une autre : Quelle est la différence entre Naples et La Boca ? Il y a plus d’Italiens à La Boca...

L’hommage des journaux argentins à Eric Rohmer [Actu]



Comme elle l’avait fait il y a plusieurs semaines pour Claude Levi-Strauss, la presse argentine rend hommage aujourd’hui au cinéaste français Eric Rohmer, décédé hier à 89 ans, lui qui s’étonnait que son cinéma très parlant puisse être bien accueilli à l’étranger....
Mais l’histoire d’amour des intellectuels et des artistes argentins avec la France est légendaire.
Le quotidien de gauche Página/12 lui consacre même la une de son supplément culturel, Spectacles et Culture (en illustration du présent entrefilet).

lundi 11 janvier 2010

Exposition-vente gastronomique à Paris au Lafayette Gourmet [ici]

Photo choisie par Clarín por cette opération parisienne...

C’est l’une des toutes premières manifestations du bicentenaire de l’Argentine en France et c’est une opération commerciale, soutenue par Exportar (l’organisme officiel argentin qui soutient l’exportation nationale) et l’Ambassade d’Argentine en France. Le magasin Haussmann des Galeries Lafayette propose du 8 au 30 janvier 2010 une exposition-vente-dégustation de produits argentins dans ses nombreux restaurants ou points de restauration et son épicerie de luxe, au nom explicite de Gourmet Lafayette.

Le catalogue des produits proposés est disponible en format pdf sur le site du magasin : huiles d’olive (elles sont généralement très bonnes), vins (il faut goûter, ceux qui sont proposés sont sûrement très bons, l’image de marque de ce magasin de prestige étant en jeu), confitures, dulce de leche, yerba mate et alfojores sans oublier la viande, très haut de gamme (Gourmet oblige). Le dulce de leche et les alfojores présentés sont d’une marque haut de gamme (Havanna) et de très bonne qualité. Je n’ai vu aucune référence de fromage. C’est dommage, il y a des choses goûteuses du côté de Tandíl ou de Santa Rosa, pour citer deux villes de la Province de Buenos Aires. Le catalogue n’affiche qu’une seule référence de yerba mate, une de celles appartenant à la marque Taragüi. A mon goût, ce n’est pas la meilleure mais elle a pour elle d’être l’une de plus largement répandue en Argentine. Elle appartient à un très gros groupe producteur, le leader mondial de ce produit si emblématique, le groupe Las Marías, dont la marque La Merced me paraît nettement supérieure en qualité pour la yerba mate (visitez le site de Las Marías). Sous la même marque Taragüi, sont aussi proposés des infusions et du thé, le même que vous boirez à bord des vols Aerolineas Argentinas (ceci dit, l’Argentine n’est pas le terroir de référence pour le thé, elle ne dispose pas non plus d’une tradition aussi ancienne que l’Asie et le produit final s’en ressent, comme pour le vin et le fromage, secteurs dans lesquels vous pouvez trouver, mais uniquement là-bas, sur place, le très bon comme le très médiocre. Le très médiocre a peu de chance d’arriver jusqu’en Europe).

Clarín consacre à l’événement un article de son supplément Guide gastronomique Viaresto.

Vous trouverez aussi dans le même supplément deux articles très intéressants :
l’un porte sur une série documentaire qui passera toute la semaine sur la chaîne généraliste de la télévision publique Canal 7, Cocineros argentinos (cuisiniers argentins),
l’autre est la critique d’un livre intitulé Comida criolla (à traduire en l’occurrence par "Nourriture argentine") et qui raconte l’histoire de la gastronomie argentine faite d’apports venus de partout en Europe. Le chroniqueur de Viaresto s’étonne presque d’y avoir lu que l’empanada n’était pas une recette autochtone argentine, ce qui ne peut manquer de nous faire sourire, nous autres Européens, pour peu qu’on ait un jour mis le pied en Espagne où l’on trouve partout ce type de chausson fourré originaire sans doute de Galice (lire mon article sur l’empanada vue par Enrique Santos Discépolo et mon article sur la recette maison d’empanada criolla de carne de mon amie Teresa, et régalez-vous !). La réaction du journaliste en dit long sur la faible connaissance des Argentins quant aux tables traditionnelles en Europe...

Et comme le présent article n’est pas du publi-rédactionnel, qu’il en va de mon honneur d’éditrice de blog sur l’actualité du tango argentin (non mais !), je tiens à signaler qu’il y a plusieurs autres adresses à Paris où vous pouvez trouver, et cela en permanence, de très bons produits argentins.
En voici une, à l’opposé esthétique de Gourmet Lafayette : Epicerie du Monde, Chez Izraël, 30 rue François Miron, Paris 4ème arrondissement (derrière la mairie du 4ème et l’église Saint Gervais).
Passez-y, vous m’en direz des nouvelles : les empanadas, quand il y en a encore (allez-y le matin, c’est plus prudent), sont à ne pas louper. Et les références de yerba mate, de dulce de leche et d’alfajores (biscuits fourrés et croquants) sont variées. Chères aussi... mais ça, c’est la distance géographique, les coûts de transport et les taxes douanières... Izraël et sa famille travaillent à l’ancienne, avec les sacs de jute remplis de riz, de farines, de légumineuses et de fruits secs de toutes les formes et de toutes les couleurs directement posés sur le carrelage. Pas de site Internet ni de vente en ligne chez eux. Il faut passer au magasin et se laisser envahir par les odeurs et l’avalanche de couleurs, de paquets, de flaconnages, de charcuteries pendues sur des tringles. A noter pour l’un de vos prochains séjours dans la Ville Lumière ou l’une de vos prochaines excursions dans le quartier Hôtel de Ville...