jeudi 23 décembre 2010

Videla condamné à perpétuité [Actu]

Jorge Rafael Videla est l'ancien dictateur qui prit le pouvoir en Argentine en 1976, après avoir renversé la Présidente constitutionnelle (mais elle-même fort peu démocratique pourtant) Isabel Perón, la troisième femme de Perón qui lui avait succédé après sa mort, en sa qualité de Vice-Présidente.

Videla avait déjà été condamné à perpétuité une première fois en 1985, lors du tout premier procès contre les militaires de la Junte au pouvoir entre 1976 et 1983. Il avait très vite bénéficié d'un régime de faveur, mis en résidence surveillée, puis avait été grâcié par Carlos Menem, lors de l'amnistie générale du début des années 1990, lorsque l'on croyait encore que la négation de ce qui s'était passé pendant huit années était un bon moyen d'assurer la justice et de réconcilier le pays.

En 2003, lorsqu'il est arrivé au pouvoir, Néstor Kirchner, qui vient de mourir, le 27 octobre (voir mes articles sur ce décès et les réactions politiques et populaires qu'il a déclenchées), a fait réouvrir tous les dossiers judiciaires les uns derrière les autres pour autant que les parties civiles pouvaient apporter des faits nouveaux qui n'avaient pas déjà fait l'objet des premiers procès (car l'effet de ceux-ci ont été cassés par des voies démocratiques, qui sont donc irrécusables).

Massera, dernièrement, a échappé au jugement, il est mort à l'hôpital naval, protégé par un avis médical qui le disait atteint de démence sénile, à tort ou à raison (voir mon article du 9 novembre 2010 à ce sujet).

Cette fois-ci, le nouveau procès contre Videla, pour la mort de 31 prisonniers politiques exécutés sans procès à Córdoba, sous la dictature, aboutit à une condamnation à perpétuité pour lui et pour Benjamín Menéndez et à d'autres peines pour les 21 autres inculpés, tous policiers ou militaires, coupables d'avoir organisé et mis en oeuvre ces fusillades. Les peines prononcées envoient les condamnés en prison de droit commun. Menéndez, cependant, y échappera peut-être car son jugement est assorti de l'examen par une commission médicale de son état de santé qui devra dire s'il est compatible avec le régime carcéral ordinaire.
La veille du verdict, mardi, Videla avait à nouveau invoqué pour sa défense la légitimité de la guerre patriotique contre les ennemis intérieurs et les forces subversives, bref le énième remake des discours qu'il a toujours tenus lorsqu'il était au pouvoir et derrière lesquels il s'est toujours abrité pour justifier la violence du régime qu'il avait mis en place.

Pour l'heure, tout laisse à penser qu'il pourrait bel et bien mourir en prison, sans bénéficier de commutation de peine en résidence surveillée comme ce fut le cas dans le passé.

Les organisations de droits de l'homme ont fêté le verdict qui intervient après presque 6 mois de procédure orale répartis en 63 jours d'audience, où ont défilé 100 témoins à charge. L'article de Página/12 met mal à l'aise par le ton de vengeance qui s'en dégage mais la sentence arrive 27 ans après le retour de la démocratie et c'est long pour les victimes. De l'autre côté des Andes, ce procès n'aura pas eu lieu puisque la mort de Pinochet aura éteint la cause avant l'ouverture de audiences.

Les unes des quatre grands quotidiens généralistes nationaux, La Prensa (libéral pro-patronal et anti-gouvernemental), La Nación (libéral intellectuel et culturel et anti-gouvernemental), Clarín (en lutte ouverte avec le Gouvernement pour des raisons internes au groupe) et Página/12 (à gauche toute, pro-gouvernemental), montrent les priorités de traitement et elles sont très différentes d'un journal à l'autre. Seuls Página/12 et La Prensa mettent en valeur, par l'image, l'information sur la conclusion de ce procès comme vous pouvez le constater. Clarín et La Nación préfèrent donner la vedette à la canicule et aux coupures d'électricité (à cause de la surconsommation des appareils de climatisation et des ventilateurs).

L'agence de presse nationale Telam met en ligne sur son site l'énoncé du verdict : la condamnation de Videla donne lieu à des applaudissements partisans que le Président de la Cour est obligé de faire taire. Il faudra encore beaucoup de temps à l'Argentine pour digérer son passé.

Pour aller plus loin :
lire la dépêche de Telam (et regarder la vidéo, très instructive)
L'ensemble des articles de Barrio de Tango relatifs aux questions de droits de l'homme et de justice sont regroupés sous le mot-clé JDH dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Ils ont également un raccourci dans la partie haute de la Colonne de droite (rubrique : Quelques rubriques thématiques).

Règlements de comptes pré-électoraux au sujet de Villa Soldati [Actu]

Les émeutes de Villa Soldati et les événements connexes, comme l'occupation, par des sans-logis en général étrangers, de lieux privés ou publics inoccupés, donnent lieu actuellement à des règlements de compte sévères entre les deux Gouvernements, celui de la Nation et celui de la Ville de Buenos Aires, chacun situé à une extrémité de l'échiquier politique argentin et chacun prêt à en découdre avec l'autre dans les batailles électorales nationales et provinciales qui s'annoncent en 2011.

Página/12, toujours désireux de démontrer que les événements ont été provoqués par des opposants au Gouvernement national, voire des mouvements séditieux anti-démocratiques (il y en a encore beaucoup en Argentine, malgré les 27 ans de démocratie ininterrompue depuis décembre 1983), sort ce matin un article sur les hommes qui ont été arrêtés par la Police et déferrés devant la Justice et qui auraient organisé ceraines occupations illégales dans le quartier de Villa Lugano, limitrophe de Villa Soldati, notamment l'occupation d'un club de foot dont les membres ont très mal réagi à cette situation (1).

Mais c'est surtout la nouvelle ministre de la sécurité, Nilda Garré, qui a lancé les hostilités en accusant directement le Gouvernement de la Ville de Buenos Aires d'avoir laissé pourrir la situation en refusant d'y apporter la moindre solution. Elle a même accusé l'un des hommes arrêtés par la Police d'être un militant du PRO, le parti de Mauricio Macri, le Chef du Gouvernement de Buenos Aires.

La conférence de presse de la ministre, dont le premier acte, aussitôt après sa prestation de serment, aura été de changer toute la direction de la Police Fédérale la semaine dernière (2), est commentée dans des sens contradictoires par la presse politique aujourd'hui, selon que la rédaction soutient la majorité ou l'opposition. Et la polémique est d'autant plus forte que deux membres de la majorité nationale, deux péronistes, viennent de manifester leur volonté de se porter candidats l'année prochaine au poste de Chef de Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires. Or ces deux candidats sont deux poids lourds de la majorité actuelle : le Sénateur Daniel Filmus, au prestigieux passé de Ministre de l'Education et de militant des droits de l'homme (souvenez-vous, c'est lui qui avait présenté la candidature de Abuelas de Plaza de Mayo au Comité Nobel d'Oslo, voir mon article n° 1300 du 21 avril 2010 sur cette candidature) et le Ministre Amado Boudou, jeune premier et joli palmarès économique, en tout cas à ce qu'il annonce (et Dieu sait si l'opposition le conteste)... mais favorable (pour cette raison-là ?) à une surveillance des mails des fonctionnaires de son ministère (et ça, ça ne passe pas bien !).

Dans un tel climat électoral et avec la solide réputation de corruption que la magistrature argentine traîne derrière elle depuis les années 1880, il sera sans aucun doute difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir ce qu'il s'est réellement passé autour et pendant les émeutes sanglantes d'il y a 15 jours. Quoi que fassent la police et la justice aujourd'hui dans ces dossiers, leurs conclusions seront systématiquement contestées par la partie incriminée, qu'il s'agisse du Gouvernement ou de l'opposition. Peut-être pourra-t-on y comprendre quelque chose dans plusieurs années. Une seule chose est presque sûre à l'heure qu'il est : la proximité de ces événements avec la mort de Néstor Kirchner n'est pas une pure coïncidence et leur exploitation politique actuelle est bien liée à la tentative de déstabilisation ou de renforcement du pouvoir actuel et du parti politique qui l'appuie, le Partido Justicialista, dont Néstor Kirchner était l'homme fort jusqu'à sa disparition et qui court désormais le risque de se déchirer entre rivalités de personnes et sous-courants politiques (voir mes articles sur la mort de Kirchner et ses suites au niveau national et continental). Déjà Daniel Scioli, le Gouverneur de la Province de Buenos Aires, l'ancien Vice-Président de Kirchner et son bras droit depuis la fin 2007, s'est vu très violemment pris à parti par d'autres caciques du PJ. La Présidente nomme à plusieurs hautes charges de l'Etat des personnalités originaires de la Province natale de son défunt mari, la province de Santa Cruz dont la fidélité au souvenir de Kirchner est à toute épreuve et pour longtemps. Bref, on sent bien que du côté du Gouvernement, on a senti passer le vent du boulet et que du côté de l'opposition, la situation n'est pas brillante. Mauricio Macri a répondu à la ministre en rejetant sur le Gouvernement central la responsabilité de toute opération de maintien de l'ordre, ce qui ressemble fort à une certaine dérobade : si le maintien de l'ordre est entièrement du ressort du fédéral, pourquoi Macri a-t-il tant insisté pour que la Ville de Buenos Aires dispose de ses propres forces de police, cette toute récente Police Métropolitaine qui ne semble pas avoir été très efficace face aux émeutiers ?

Pour en savoir plus (ou en tout cas pour essayer)
Lire l'article de Página/12 sur la conférence de presse de Nilda Garré
Lire l'article de Página/12 sur les hommes arrêtés et les liens supposés de l'un d'entre eux avec le PRO
Lire l'article de Clarín sur la conférence de la ministre et l'enquête policière
Lire l'article de La Nación sur la conférence de presse ministérielle
Lire l'article de La Prensa sur la conférence de presse de la ministre
Lire l'article de La Prensa sur la réponse de Mauricio Macri
Lire la dépêche de Telam sur la conférence de presse de Nilda Garré (avec la vidéo d'un extrait de ses déclarations : le ton est maîtrisé mais le verbe est offensif).
Pour accéder aux autres articles connexes, cliquez sur le mot-clé gob argentin dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour lire les articles concernant la vie politique au niveau fédéral (y compris celui-ci) et GCBA pour lire les articles relatifs à la vie politique au niveau de la seule Ville de Buenos Aires.

(1) Ce qui n'a rien de surprenant quand on sait que dans ces quartiers pauvres, le club est un des rares lieux où les habitants peuvent trouver des installations décentes en état de marche, qu'il est donc un lieu de sociabilité d'une très grande importance, surtout à l'heure où s'approchent les vacances d'été. Si les squateurs ont bien été manipulés comme c'est possible, les manipulateurs savaient pertinemment que l'occupation de ce club et de ses installations (locaux et terrains de sport) ne pouvait que dégénérer dans le climat insurrectionnel qui régnait alors dans les parages. Dans ce cas, la cible a été choisie à dessein pour qu'il y ait du grabuge. Voir mes articles sur les émeutes de Villa Soldati.
(2) La Police Fédérale avait participé au tout premier acte de maintien de l'ordre, celui qui s'était conclu par les deux premiers morts, un jeune maçon paraguayen et une jeune femme bolivienne. On ne sait toujours pas qui a tiré ce soir-là du 22 mm sur les manifestants, puisque les policiers sont armés de calibres 9 mm, avec des munitions en caoutchouc, jamais du plomb. La Police Métropolitaine était alors aux côtés de la Fédérale dans cette opération de maintien de l'ordre. Dès le lendemain, la Métropolitaine devait affronter seule les émeutiers, le Gouvernement national ayant refusé de prêter une nouvelle fois ses effectifs, peut-être de peur que la Fédérale soit impliquée dans de nouveaux incidents mortels, peut-être pour mettre un peu plus dans l'embarras le Gouvernement Portègne, dont la Police est très récente (elle n'a qu'un an d'existence), fort peu professionnelle et donc fort mal aguerrie à des situations aussi périlleuses. Dès le lendemain, les journaux de la majorité rappelaient le triste et court passé de la Métropolitaine et ceux de l'opposition mettaient en doute les états de service de la Fédérale. Les changements à la tête de la Police Fédérale permettent donc à la ministre sinon de régler effectivement un problème bien réel, du moins d'envoyer à l'opinion publique le signal de sa détermination d'autant plus fortement qu'il ne se passe rien à la tête de la Métropolitaine, dont les responsables politiques les plus élevés, jusqu'au ministre lui-même, sont maintenus en place alors qu'ils sont trempés jusqu'aux os dans un épouvantable scandale d'écoutes téléphoniques illégales et menacés pour cela de prison ferme.

mercredi 22 décembre 2010

Noël avec Viviana Scarlassa à La Paila [à l'affiche]

La chanteuse et comédienne Viviana Scarlassa sera le samedi 25 décembre 2010 à 22h au restaurant La Paila, Costa Rica 4848, dans le quartier de Palermo. Elle y donnera un tour de chants composé de tangos, de milongas et de candombes (entre autres), accompagnée de Dario Barozzi à la guitare, de Marisol Andorrá à la flûte traversière et de Willy Petroni au cajón (un instrument de percussion composé d'une simple caisse de bois, venu du Pérou).

Entrée : 25 $. Comptez le repas en plus.

Les fidèles lecteurs de Barrio de Tango connaissent déjà bien et l'artiste et ce restaurant qui propose aux Portègnes une cuisine venue du nord de l'Argentine (voir mon récent article Retour sur images, dans la rubrique Mes chroniques de Buenos Aires, à découvrir dans la Colonne de droite). A goûter absolument. Et comme la chanteuse est excellente elle aussi...

Caracol à Clásica y Moderna demain soir [à l'affiche]

C'est la fin de la saison et les spectacles s'espacent. L'été à Buenos Aires va faire la place belle aux spectacles pour touristes dont je ne parle jamais (ils ne valent pas le coup et leur clientèle leur est apportée sur un plateau d'argent par les Tours Operators spécialisés).

Néanmoins demain, jeudi 23 décembre 2010, à la veille du réveillon (Nochebuena en terre hispanophone), à 21h30, le chanteur Caracol présentera un tour de chant à Clásica y Moderna, un bar-librairie classé de Buenos Aires, Callao 892, accompagné à la guitare par le compositeur José Teixidó.

Comme souvent, difficile à distance de connaître le prix. Il faut vous renseigner directement auprès de l'établissement en réservant votre place par téléphone ou en vous y rendant. Dans la rubrique Mes Chroniques de Buenos Aires de 2010 (Colonne de droite), vous trouverez deux articles Retours sur images sur des spectacles que j'y ai vus en août dernier, Las Minas del Tango reo et Tres mujeres para el show...

Pour en savoir plus sur Caracol, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Idem pour José Teixidó.

lundi 20 décembre 2010

Présentation de Barrio de Tango au Museo Casa Carlos Gardel – Article n° 1900 [Retour sur images]

Le vendredi 3 septembre 2010, j'avais l'honneur de faire une troisième présentation de mon recueil bilingue de tangos argentins, Barrio de Tango (ed. du Jasmin, mai 2010) à Buenos Aires, dans le patio du Museo Casa Carlos Gardel, le dernier domicile du chanteur qui a été racheté il y a quelques années par le Ministère de la Culture portègne pour en faire un musée public consacré au souvenir d'un artiste mythique.

Pendant la conférence

Comme lors des deux autres présentations, au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini le 1er septembre et à la Academia Nacional del Tango le lendemain, le poète Luis Alposta, qui a signé la postface du livre, m'accompagnait. Quelques amis artistes étaient là dans la salle, parmi eux : la chanteuse Lucrecia Merico, la danseuse Aurora Lubiz et le guitariste Alejandro Picciano, qui faisait une courte escale à Buenos Aires avant de poursuivre son voyage vers Córdoba...

Un retour en images que j'avais pensé publier il y a plus d'une semaine, le 11 décembre, fête nationale du tango en Argentine, mais les événements violents qui se passaient au même moment dans le quartier de Villa Soldati m'en avaient ôté l'envie (voir mes articles sur ces émeutes)...

De gauche à droite : Horacio Torres, directeur du Musée, Aurora Lubiz, Alejandro Picciano, Lucrecio Merico, Luis Alposta et moi
(photo prise par Vicky Alposta, merci à elle)

Pour en savoir plus sur mes présentations effectuées à Buenos Aires, cliquez sur le mot-clé pbt dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou sur le raccourci présent dans la partie haute de la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur le livre, cliquez sur la couverture affichée dans la rubrique Agenda de Barrio de Tango dans la partie haute de la Colonne de droite.
Pour plus d'images de et sur Buenos Aires, cliquez, dans le bloc Pour chercher, sur les mots-clés Retour sur images ou Chroniques de Buenos Aires (qui rassemble l'ensemble de mes articles écrits au sujet de mes séjours dans la capitale argentine).

Juan Carlos Godoy à la Parakultural mardi soir [à l'affiche]

Le chanteur Juan Carlos Godoy, bien connu pour avoir été la voix de l'orchestre de Alfredo de Angelis et que le film Café de los Maestros (voir mon article du 30 juillet 2008 sur ce documentaire) a remis sur le devant de la scène, se produira demain soir, mardi 21 décembre 2010, à 23h, à la milonga Parakultural du Salón Caning, Scalabrini Ortiz 1331.

La Parakultural (voir son site sous le lien) est l'une des grandes milongas de Buenos Aires et la soirée s'annonce prestigieuse...

A voir, si vous êtes là-bas.

Sortie d'un dictionnaire des jouets argentins [Disques & Livres]

C'est une sociologue, Daniela Pelegrinelli, qui vient de se pencher, pendant 10 ans, sur l'histoire des jouets et de l'industrie qui va avec en Argentine, une histoire où elle voit la métaphore d'un pays en quête de sa propre maturité : rien de tel pour cela que d'aller se plonger dans des parfums d'enfance à quelques semaines du passage des Rois mages chez les enfants sages d'Amérique du Sud.

Ce dictionnaire, paru aux Editions El juguete ilustrado, commence en 1880, une année charnière dans l'histoire de l'Argentine (1), et s'achève en 1965, lorsque l'industrie du jouet nord-américaine commence à submerger le marché argentin (et pas seulement argentin) avec sa production importée ou à travers ses prises de contrôle d'entreprises locales. Sur la production d'après 1965, les modes de production et l'organisation des entreprises changent tellement et tout devient si confus qu'il n'est plus possible d'effectuer des recherches (l'information n'est plus accessible, même à l'historien-enquêteur), affirme Daniela Pelegrinelli.

Malgré son apparente futilité, le sujet a une importance culturelle capitale. “Una sociedad se expresa en los juguetes que fabrica y en los juegos que promueve u obtura”, dit la sociologue (Une société s'exprime dans les jouets qu'elle fabrique et dans les jeux qu'elle promeut ou qu'elle étouffe). Ces jouets fabriqués en Argentine et distribués à grande échelle, en particulier sous le péronisme (les distributions de jouets lancées par Evita Perón), ont façonné les premiers émois de très nombreux Argentins, ils leur ont formé une sensibilité et des références qui leur sont propres, une sensibilité et des références émotionnelles qui se transmettent de parents à enfants et qui en deviennent des éléments de l'identité nationale. Et parmi ces Argentins, qui ont joué avec ces jouets, il y a bien sûr ceux qui, hier et aujourd'hui, portent la plume pour écrire des chansons et des essais, que ce soit dans le domaine du tango ou dans tout autre genre. En traduisant les 106 textes qui composent ma seconde anthologie bilingue qui sortira au tout début de l'année prochaine (2), j'ai moi-même rencontré des allusions très discrètes et très naturelles à des jeux et des jouets que nous ne connaissons pas en Europe. Les Argentins en parlent comme de l'air qu'ils respirent, faisant allusion au Rasti® là où nous, les Européens, ne connaissons que les Lego®. Et justement, Rasti, ce n'est pas Lego.

Dans un précédent article, consacré à l'arrivée probable et prochaine à l'Ambassade de Paris de l'économiste Aldo Ferrer (voir mon article du 10 décembre 2010), je vous disais que l'Argentine a peu d'industrie lourde à forte valeur ajoutée et c'est un fait, encore valable aujourd'hui (voir mon article du 13 décembre 2010 sur le soutien à l'industrie des équipementiers automobiles récemment décidé par le Gouvernement) mais l'industrie du jouet, industrie légère à faible valeur ajoutée, a longtemps été une vraie industrie nationale qui permettait de ne pas recourir à de coûteuses importations pour alimenter un marché de consommation domestique et familiale (3).

Deux critiques de ce livre ont retenu mon attention : une critique-interview parue sur Internet, sur le blog d'un psychanalyste freudo-lacanien argentin (4), Pablo Peusner (5), qui publie des notes de lecture (celle-ci date du 7 décembre dernier) et un article de Facundo García dans les pages culturelles du quotidien Página/12 de ce matin.

Dans l'article de Peusner, j'ai apprécié le lien qu'il fait entre la démarche de ce dictionnaire et l'ensemble du travail de récupération de la mémoire qui s'effectue actuellement en Argentine dans tous les domaines (le tango et ses textes en étant à la fois le moyen et l'un des objets de prédilection), pour renverser les effets délétères de la période pré-dictatoriale et des huit dernières années passées sous régime militaire. Cette période, qui commence dans les années 1960 (là où s'arrête le travail de mémoire du dictionnaire) et durant laquelle tout le peuple est soumis à un labourage intensif, brutal et presque systématique, de négation de la mémoire et de l'identité nationales, au profit d'une reconstitution mensongère de l'histoire pour faciliter la mise à la disposition des Etats-Unis du pays et de ses richesses (6).

Dans ses propos, dans la seconde partie de la note, Daniela Pelegrinelli raconte à la première personne la genèse de son projet, depuis une simple (si on peut utiliser cet adjectif) étude sur les jouets pendant la décennie du gouvernement de Juan Perón (1946-1955) dans le cadre de ses études en Histoire de l'Education en Argentine à l'Université de Buenos Aires (UBA) jusqu'à la constitution d'un panorama transverse et pluridisciplinaire, grâce à la rencontre avec un artisan réparateur de poupées, Antonio Caro, ces jolies poupées argentines qui avaient nom Marilú, Linda Miranda (jolie Miranda), Mariquita Pérez et qui font aujourd'hui courir les collectionneurs nationaux et étrangers.

L'article de Página/12 est plus journalistique qu'émotionnel et universitaire et c'est normal. Facundo García s'intéresse lui davantage aux aspects économiques que psycho-sociaux. Il cite ainsi un certain nombre de marques et d'industriels et donne davantage qu'à l'auteur elle-même la parole au fils d'un capitaine du jouet, Alejandro Macchiavello, le fils du créateur des petites voitures Duravit, dont Daniela Pelegrinelli a obtenu une interview pour les besoins de son livre :
“El viejo no atiende a nadie, pero se dio cuenta de que Daniela sabía muchísimo. Le pregunté qué tal le había ido en la entrevista y me contestó que ‘la piba sabía más de la empresa que nosotros mismos’. El tiempo que debe de haber dedicado a rastrear archivos y testimonios no tiene nombre”
Alejandro Macchiavello, Página/12

Mon père ne reçoit personne, mais il s'est rendu compte que Daniela en savait très long. Je lui ai demandé ce qu'il avait pensé de l'interview et il m'a répondu que "la môme connaissait mieux l'entreprise que nous-mêmes". Le temps qu'elle a dû consacrer à gratter dans les archives et les témoignages, il n'y a pas de mot pour ça.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le livre fait 300 pages. Il comporte 400 illustrations, surtout en noir et blanc. J'ai trouvé un prix sur un site de vente en ligne (Mercadolibre, un .com.ar) : 140 pesos argentins (hors frais d'envoi). C'est la première fois qu'un ouvrage est consacré à ce sujet en Argentine.

Et pour rester dans la note et dans la saison, il est temps d'écouter El Bazar de los Juguetes (7), ce tango de Roberto Rufino et Reinaldo Yiso, chanté par Alberto Podestá, grand chanteur de l'époque d'or, ici grâce au site encyclopédique argentin Todo Tango...

Pour en savoir plus :
lire l'article de Pablo Peusner, le psychanaliste-lecteur (en espagnol, naturellement).

(1) Sur ces questions historiques, reportez-vous au Vademecum historique que j'ai publié dans les premiers mois de ce blog et dont vous trouverez le raccourci dans la partie médiane de la Colonne de droite, rubrique Petites chronologies.
(2) Revue Triages, numéro thématique, éditions Tarabuste, rue du Fort, 36170 Saint Benoît du Sault, France (140 pages en format A4, prix indicatif : 30 €). Le titre définitif n'est pas encore arrêté avec certitude, j'ai fait ce week-end deux propositions pour prendre en compte les suggestions que nous a adressées le Conseil National du Livre qui apporte son soutien. La date exacte de sortie est elle aussi encore incertaine, la faute à la météo. Dans le Berry, dans le centre de la France, les intempéries de décembre ont désorganisé toute l'activité économique en rendant les routes impraticables, et l'imprimerie a été touchée comme toutes les entreprises de la région. L'ouvrage devait paraître juste avant Noël. Il faut prévoir au moins deux semaines de décalage, à cause de la neige qui continue, aujourd'hui encore, à bloquer une partie du pays et de la trêve des confiseurs, qui n'est pas que celle des confiseurs.
(3) L'essentiel de l'économie argentine tient dans cette structuration liée à la période coloniale : l'Argentine reste essentiellement un pays de production de matière première, surtout d'origine agricole, et dépend de l'étranger (soit en capitaux investis sur place, soit en importation matérielle) pour ce qui est des produits finis. Ce que les Argentins définissent avec cette formule imagée : nous produisons le cuir et nous achetons les chaussures à l'Espagne. Ce qui est faux pour les chaussures (il y a une industria argentina de la chaussure de ville et danse) mais est vrai pour les tains et les avions et a fini par être vrai même pour une partie de jouets. D'où l'importance pour ces pays de développer leur coopération régionale à travers des institutions comme l'UNASUR ou le Mercosur, dont je vous parle de temps à autre dans la rubrique Actu et la sous-rubrique Economie (voir ces rubriques dans les raccourcis de la partie haute de la Colonne de droite).
(4) L'Argentine est un des très rares pays non francophones dont les psychanalystes ont adhéré en grand nombre à l'école lacanienne ou plutôt à l'une ou l'autre des diverses écoles nées de l'enseignement théorique et pratique de Jacques Lacan (1901-1981), psychiatre et psychanalyste français influencé par le surréalisme et caractérisé par une grande curiosité intellectuelle envers des disciplines qui n'étaient pas les siennes et qu'il ne maîtrisait pas toujours, ce qui lui vaut encore aujourd'hui la réputation d'un charlatan auprès de certains specialistes de ces disciplines dans lesquelles il est allé faire ses provisions rhétoriques (physique, mathématiques, sociologie, anthropologie, histoire...)
(5) qui ne dit rien de lui-même dans son profil blogger. Sans doute pour conserver la neutralité du praticien vis-à-vis de son patient ?
(6) Cette période qui va du milieu des années 60 au milieu des années 80, soit 20 années assez terribles, presque la durée d'une génération, est en fait la deuxième grande époque de falsification idéologique de l'histoire argentine par les responsables politiques nationaux eux-mêmes. La première période est celle qui installe l'histoire officielle qu'on apprend encore à l'école élémentaire, sous l'impulsion de deux historiens et hommes politiques majeurs, Bartolomé Mitre (1821-1906) et Domingo Sarmiento (1811-1888), une histoire qui fait naître l'Argentine d'un seul coup d'un seul comme par un coup de baguette magique le 25 mai 1810 (en excluant de l'histoire nationale la période coloniale) et fait du pays une contrée d'Europe exceptionnellement située à la pointe sud du continent américain, qui n'aurait jamais connu la traite des noirs ni aucun des métissages culturels, ethniques, linguistiques et sociaux qui, pourtant, caractérisent encore aujourd'hui ce grand pays d'immigration. Ce mythe de la pseudo-pureté européenne de l'Argentine réapparaît dans les années 60, 70 et 80, sous un autre masque, plus terrible encore car la répression ira alors jusqu'à la torture et l'élimination physique des opposants, et dans une autre conjoncture internationale, la Guerre Froide, l'anticommunisme et l'anticastrisme importés des Etats-Unis. Vous imaginez donc ce que peuvent représenter, dans un pays qui a 400 ans d'histoire dont seulement 200 d'indépendance politique, deux périodes d'aussi violente falsification de l'histoire jusqu'au sein de l'école primaire. Ce qui vous explique pourquoi l'Argentin lambda est si peu au fait de sa propre histoire et pourquoi les intellectuels, les artistes et les ONG mènent un combat si acharné et si peu univoque pour ce qu'on appelle là-bas la "récupération de la mémoire" (entendre quelque chose qui serait proche de "guérison de la mémoire"). Voir mon article du 22 juin 2010 sur la sortie du livre de Norberto Galasso, Verdades y mitos del Bicentenario, mon article du 26 juin 2010 sur la sortie du livre Tango Negro de Juan Carlos Cáceres, mes articles sur Madres de Plaza de Mayo et sur Abuelas de Plaza de Mayo, les deux grandes associations qui luttent pour reconstituer la vérité sur ce qui s'est passé sous la Dictature, entre 1976 et 1983.
(7) La traduction en français se trouve dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010, p 147.

samedi 18 décembre 2010

Le dernier Plenario fête les 20 ans de la Academia Nacional del Tango [à l'affiche]

Lundi prochain, 20 décembre 2010, dernière séance académique publique à la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, 1er étage (comme d'habitude) : cette réunion sera consacrée à fêter les 20 ans d'existence de l'institution qui a été fondée en juin 1990. Notre Président (et fondateur), le Maestro Horacio Ferrer, et le premier Vice-Président, Gabriel Soria, feront un exposé de ces 20 ans d'activité et remettront au poète Héctor Negro son titre de Académico Consulto (Héctor Negro appartient à l'Académie depuis longtemps déjà) et à Rafaela Canaro (l'une des filles de Francisco Canaro) et Horacio Spinetto leur titre de Académico Titular (cela ne correspond à rien dans les catégories académiques françaises, il s'agit du titre le plus élevé parmi les titres d'académiciens en activité à Buenos Aires et sur la Province de Buenos Aires, les autres titres comme Académico de Honor ou Académico Consulto étant un plus honorifique, pour le dire vite, et celui de Académico Correspondiente étant décerné aux tangueros exerçant hors de Buenos Aires et de la Province, qui ne peuvent donc pas participer directement aux travaux académiques sur place).

Le tango rituel aura lundi la forme d'une vidéo (d'ordinaire, c'est un disque) et sera écouté et regardé avec un recueillement religieux puisqu'il s'agit du clip de Libertango, musique de Astor Piazzolla et paroles de Horacio Ferrer (1), dans l'interprétation de Gustavo Nocetti, grand chanteur uruguayen, décédé accidentellement le 30 décembre 2002 à l'âge de 42 ans. Ce clip est un morceau que Gabriel Soria et Horacio Ferrer chérissent particulièremnet. Ils l'avaient inclus l'année dernière dans le spectacle qu'avait donné Horacio Ferrer au Teatro Avenida au dernier jour du Festival de Tango (voir mon article du 14 septembre 2009 à ce propos). Il a été enregistré à Montevideo, la ville natale de Horacio Ferrer et Gustavo Nocetti, qui furent, malgré leur différence d'âge, deux amis inséparables jusqu'à la mort du plus jeune.

L'espace artistique sera confié au couple de danseurs légendaires Eduardo et Gloria Arquimbau (qui ont fêté il y a quelques mois leurs 50 ans de scène à la Academia, lors d'un précédent Plenario), le chanteur Marcelo Tomassi et le Maestro Raúl Garello au bandonéon.

L'entrée est comme d'habitude libre et gratuite.

Et puis, juste avant Noël, ce sera le début des vacances. La Academia Nacional del Tango réouvrira ses portes dans les premiers jours de mars 2011, à l'automne.



Pour aller plus loin :
Vous pouvez regarder le clip de Libertango sur You Tube (ça va vous changer de Guy Marchand, je préfère vous prévenir). Attention : la qualité de la vidéo n'est pas excellente. Le son et l'image sont désynchronisés, et cela a sans doute été voulu ainsi par la personne qui a mis en ligne le document et qui prend bien soin de signaler qu'il s'agit d'une pièce appartenant à sa collection personnelle. Entre nous soit dit, vous feriez tout aussi bien d'acheter le disque. Il est toujours disponible, que je sache, chez Zivals à Buenos Aires (site de vente en ligne Tangostore, dans la rubrique Les commerçant du Barrio de Tango, dans la partie inférieure de la Colonne de droite) et ça vaut mille fois le coup.

(1) Libertango, c'est un morceau que nous connaissons bien, ici, en Europe francophone. C'est le fameux succès chanté et écrit par Guy Marchand, Moi, je suis tango tango. Les paroles écrites par Guy Marchand n'ont strictement rien à voir avec la letra de Horacio Ferrer, qui mérite d'être connue. Malheureusement, le succès de la version française entrave la diffusion de la version originale sur le marché francophone. Cette rivalité artificielle créée par le marché est tout à fait regrettable.

Plus de 40 millions d'Argentins... et nous et nous et nous (1) [Actu]

Hier, à Río Gallegos, en hommage à Néstor Kirchner, l'ancien Président de la République décédé le 27 octobre 2010, le jour même où avait lieu le recensement du Bicentenaire, ont été publiés les premiers chiffres officiels. Ainsi l'Argentine comptait-elle ce jour-là 40 091 359 habitants (il est probable que l'illustre disparu ne figure pas dans ce relevé, puisque de toute manière, il n'a pas eu le temps de faire son devoir civique : cela donne à la précision de ce 9 final un caractère tout à la fois dérisoire et très émouvant, comme beaucoup de choses en Argentine).

Cette population de plus de 40 millions d'individus vit dans 14 297 149 logements. Certes, beaucoup de ces logements sont plus vastes qu'en Europe mais tout de même, cela fait beaucoup de monde dans peu d'habitations. En Argentine, la famille large continue plus qu'en Europe à partager le même toit. Parce que c'est difficile d'avoir un logement à soi, d'avoir de quoi acquitter un loyer et parce qu'il y a moins de familles monoparentales, moins de personnes isolées (dans toutes les classes d'âge) et un taux de divorce plus bas qu'en Europe occidentale.

Ces chiffres montrent une croissance d'un peu plus de 10% par rapport au recensement antérieur, qui datait de 2001 (2). La Province qui a vu le plus croître sa population est précisément celle de Santa Cruz, au sud, en Patagonie, la province dont la capitale est Río Gallegos, la province natale de Néstor Kirchner (+ 38,4% en 9 ans). Cette forte hausse est sans doute due à la politique menée par Néstor Kirchner à la Casa Rosada entre 2003 et 2007, puisqu'il a multiplié alors les actions qui ont revalorisé sa région natale, comme le rachat d'un petit pourcentage du capital de la société pétrolière YPF, qui n'est plus qu'à 84% aux mains de l'espagnol Repsol, les 16 autres pour cent ayant été rachetés par les Provinces de Patagonie (la zone géographique où se trouvent les gisements d'énergie fossile) et par l'Etat fédéral, et la construction de centrales électriques thermiques nationales et de champs éoliens.

Et sur ces plus de 40 millions d'Argentins, un tiers vit à Buenos Aires et dans le Gran Buenos Aires, cet anneau qui la ceinture à 70 km à la ronde, du nord au sud, en passant par l'ouest. Pourtant la population de Buenos Aires stricto-sensu n'a grandi que de 4,1% (ce qui est sans doute dû à la hausse des prix de l'immobilier dans la capitale fédérale, à la location et à l'achat, hausse des prix qui est due en grande partie à l'attractivité de Buenos Aires, qui est la capitale économique du pays et de la région, et, pour une moindre partie sur l'ensemble de la période considérée, 2001-2010, à la politique menée depuis 2007 par Mauricio Macri, qui se garde bien de faire réguler le marché en faveur des classes populaires).

Página/12 (une de ce matin en illustration ci-dessus) et La Nación ont illustré leurs articles de très beaux schémas. Je prends la liberté de reproduire ci-dessous celui qui illustre la une du site de La Nación : pour des Francophones (y compris si vous ne parlez pas espagnol), je le trouve on ne peut plus clair et facile à lire (on mettra à part les deux flèches quelque peu tautologiques concernant la mortalité qui baisse et l'espérance de vie qui augmente : comment voulez-vous qu'il en soit autrement ?).

Toujours est-il que la mortalité a baissé, ce qui est une bonne nouvelle après celle (contraire) de la dégradation désastreuse de l'espérance de vie en bas-âge à Buenos Aires depuis 3 ans (voir mon article du 14 décembre 2010 à ce propos). Les chiffres annoncés hier sont provisoires puisque toutes les données n'ont pas encore été analysées. Ainsi sait-on qu'il y a une notable amélioration au terme de la vie mais rien n'a été annoncé quant à la natalité et à l'effet de l'immigration. Et d'autres données sont encore attendues avec intérêt par les historiens et les sociologues : le nombre des descendants d'Africains, avec cette douloureuse et lancinante question de la disparition des noirs en Argentine, laquelle comptait environ un tiers de noirs en 1810, au moment de la Révolution de Mai, et le nombre d'Amérindiens ou descendants d'Amérindiens, autre plaie de l'histoire nationale, dont les héros politiques et militaires de la fin du 19ème siècle (le Général Rocca en tête) ont décrété et conduit le massacre quasi-systématique des populations autochtones dont les survivants ont été repoussés toujours plus au sud et plus au nord du pays, dans des régions difficiles pour l'agriculture, avec l'inoculation de germes racistes dans le reste de la population à travers l'enseignement de l'histoire officielle à l'école élémentaire jusqu'à il y a encore quelques années. On a vu, au cours des 15 derniers jours, que ce racisme enfoui, presque inconscient et souvent de bonne foi, était prompt à se réveiller contre les Indiens (voir mes articles sur les récentes émeutes de Villa Soldati).

Croquis La Nación

Pour une fois, les chiffres de l'INDEC sont repris par la presse tels quels, sans la mise en doute habituelle et les railleries ordinaires contre l'institut de statistiques officiel dont je vous invite pour une fois à aller directement consulter les communiqués (depuis le temps que je vous en parle dans mes articles de la rubrique Economie, sans jamais vous y renvoyer !) (3).

Pour aller plus loin :
Se connecter au site de l'INDEC

(1) A l'intention de mes lecteurs hispanophones qui, malgré leur amour de la langue de Molière, ne connaîtraient pas par coeur l'oeuvre de Jacques Dutronc, un auteur-compositeur-interprète de chez nous : ce titre est une paraphrase du refrain de l'un des gros succès des années 1970 du susdit chanteur, intitulé Et moi et moi et moi et dont voici l'inénarrable début : "Sept cent millions de Chinois / Et moi, et moi, et moi / Avec ma vie, mon petit chez-moi / Mon mal de tête, mon point au foie / J'y pense et puis j'oublie / C'est la, c'est la vie !". En France, la citation de cette chanson revient à chaque fois qu'il est question de statistique démographique dans la presse écrite et audiovisuelle, sur Internet et dans les conversations.
(2) Les chiffres du recensement 2001 (l'année de la faillite du pays) sont ceux que je présente dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, dans l'esquina intitulée Combien faut-il mettre de bougies ?, à la page 33. Bien entendu, je ne disposais pas encore des chiffres actuels, qui figurent maintenant dans les infos pratiques sur Buenos Aires en partie centrale de la Colonne de droite de ce blog.
(3) Vous allez pouvoir constater qu'avec ses faibles moyens et dans un pays où à peu près la moitié de la population évite de donner de l'information aux pouvoirs publics (on ne sait jamais ce que l'Etat peut en faire), cet institut abat un sérieux boulot !

vendredi 17 décembre 2010

Sortie d'un guide amoureux sur les pizzerias portègnes [Disques & Livres]

Ascendance italienne oblige, la pizza est une grande institution gastronomique à Buenos Aires et la pizzeria une espèce de vache sacrée qui suscite chez votre interlocuteur à peu près autant d'engouement et de passion partisane que son équipe de foot favorie. Le critique gastronomique et essayiste en histoire et anthropologie culinaire né en Italie, Pietro Erasmo Sorba, vient de sortir chez Planeta un livre consacré à la pizza et aux pizzerias de la capitale argentine. Depuis 1992, l'auteur vit et travaille dans plusieurs pays et voyage sans cesse entre son Italie natale, l'Argentine où il s'est fait quelques racines et divers pays d'Amérique latine. Il a été chroniqueur à Clarín, sur la chaîne de télévision spécialisée Canal elgourmet.com en Argentine et au journal italien L'espresso. Il est déjà l'auteur d'un bestseller publié en 2007 par Planeta : Bodegones de Buenos Aires (Caves et caveaux à vin de Buenos Aires).

Dans Pizzerias de Buenos Aires, le gourmet italien traite la pizza portègne (assez différente de son ancêtre euro-péninsulaire) en héritage culturel identitaire autant qu'en produit culinaire et gastronomique en tant que tel. Il y recommande plus d'une trentaine d'établissements choisis pour la qualité gustative de leur carte autant que pour l'authenticité de leur cachet portègne sur les 90 établissements qu'il a visités, un parcours critique qui a, dit-il, ajouté 8 kg de plus à sa silhouette dont les rondeurs nous racontent l'habituel partenariat entre la fourchette et la plume de son propriétaire. Un livre à consulter pour quiconque veut profiter de son séjour à Buenos Aires pour découvrir les coins qu'apprécient les Portègnes en évitant les pièges à touristes. Le livre de 144 pages est vendu au prix de 98 $ sur le site de Planeta.

Le même jour, Pietro Sorba sort également un guide des auberges, comptoirs à snacks et autres petits restaurants de la Province de Buenos Aires. Cela s'appelle Pulperias. Almacenes y manjares de la provincia de Buenos Aires. Le livre fait 92 pages et coûte lui aussi 98 $ sur le site de Planeta Argentine.

Pour en savoir plus :
lire la critique parue ce matin dans La Nación (par un autre critique gastronomique)
lire la fiche de Pizzerias de Buenos Aires sur le site de Planeta
lire mon article du 16 octobre 2008 sur le discours de Luis Alposta présentant l'Ode à la Pizza à la Academia Porteña del Lunfardo (texte très pince sans rire à déguster en apéritif d'un plat unique et équilibré, parfait pour survivre entre deux ripailles de réveillon)

A la Legislatura, les députés macristes ont entravé le vote [Actu]

En séance dans l'hémicycle portègne hier, au vu des conclusions du rapport d'enquête parlementaire sur les écoutes illégales, trois députés de l'opposition ont demandé la mise en jugement du Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Mauricio Macri (voir mon article d'hier sur la sortie de ce rapport d'enquête qui fait de Macri le principal responsable du scandale des écoutes). Néanmoins, les députés macristes (1) ont empêché le vote de se tenir en utilisant diverses astuces de procédure et de comportement. Il ont d'abord empêché que le quorum soit atteint puis provoqué un scandale, en allant crier et s'agiter au pied du perchoir, ce qui a conduit les membres de l'opposition à quitter l'hémicycle en signe de protestation (pour ne pas répondre à la provocation).

Les demandes ont donc été remises au premier vice-président de l'assemblée qui a désormais l'obligation constitutionnelle de convoquer la Chambre Accusatoire à la rentrée parlementaire en mars. C'est cette Chambre Accusatoire, constituée de 45 députés désignés au début de chaque session biennale (75% des 70 sièges que compte la Legislatura), qui pourra dire s'il y a lieu ou non de convoquer Mauricio Macri devant l'autre instance, la Chambre de Jugement, composée des 25 autres députés, une Chambre de Jugement qui, si l'on en arrive là, devra être présidée par le Président du Tribunal Supérieur, étant donné qu'il s'agira de juger le Chef de Gouvernement (elle serait présidée par un député élu à cette fin dans le cas où l'accusé serait un ministre).

Si la Chambre Accusatoire accepte le principe de l'accusation, ce qui n'est visiblement pas encore acquis, même si les macristes ne sont que 17 dans cette instance, alors le Chef de Gouvernement devra, aux termes de la constitution, être suspendu de ses fonctions sans traitement pendant la durée de la procédure. S'il était finalement destitué, cette destitution pourrait être accompagnée d'une interdiction d'exercer une fonction élective à Buenos Aires pendant un délai pouvant aller jusqu'à 10 ans. A partir du moment où la procédure serait enclenchée par la Chambre d'Accusation, le verdict doit être prononcé dans les 4 mois, sans quoi l'accusé est présumé relaxé des faits qui lui sont reprochés.

La Chambre d'Accusation ne pouvant pas se prononcer désormais avant début mars et Mauricio Macri annonçant depuis plusieurs semaines qu'il compte avancer la date des élections à Buenos Aires en juin au lieu d'octobre, on pourrait assister à une belle bataille calendaire dans les quelques jours qui restent avant la fin de l'année et les vacances d'été.

Et pour que tout soit bien clair avant les vacances et que c'est les vacances, le quotidien d'opposition (2) Página/12 offrira à tous ses lecteurs avec son édition de dimanche le texte complet de la Constitution de Buenos Aires, illustrée par le dessinateur et humoriste Miguel Rep, une constitution que vous pouvez consulter directement sur le site de la Legislatura (le document, en pdf, fait 46 pages... à lire en espagnol et sans les illustrations à mourir de rire de Rep !).

Pour en savoir plus :
La Nación, jugeant sans doute qu'il n'y a pas péril en la demeure, ne dit pas un mot de l'affaire dans son édition de ce matin. Comme elle était déjà muette hier...

(1) Les députés macristes sont minoritaires en nombre. Depuis juin 2009, le vote majoritaire ne peut être obtenu qu'à travers des alliances, lesquels sont de plus en plus fragiles mais pas assez pour faire défaut lors de la séance d'hier.
(2) Opposition dans la configuration politique propre à Buenos Aires. La situation est inversée au niveau national, ce qui ne simplifie pas la compréhension des forces en présence, surtout pour mes lecteurs français, peu habitués à devoir penser en termes d'organisation fédérale. Mes lecteurs suisses n'ont aucune difficulté à suivre ces méandres. Quant aux internautes belges, la situation chez eux est si complexe que les bisbilles portégno-fédérales ont l'air de pécadilles à côté de ce qu'ils vivent depuis plus d'un an...

jeudi 16 décembre 2010

Les premiers voeux (1) sont ceux de Mariel Martínez et Alejandro Picciano [ici]

La chanteuse Mariel Martínez et le guitariste Alejandro Picciano viennent d'envoyer leurs meilleurs voeux pour ces fêtes de fin d'année alors que leur carrière prend de l'ampleur depuis leur port d'attache qu'est Madrid... Ils vienent même de passer sur l'une des chaînes nationales de télévision, Telecinco (voir mon article du 29 novembre 2010 à ce propos)


Mariel vient de former son Cuarteto, avec Alejandro et deux autres musiciens, et ils se produiront  à 23h au Berlin Café de la rue Jacometrezo, M° Callao-Santo Domingo, dans le centre de Madrid, tous les jeudis de janvier 2011 (avis aux amateurs ! et à mes lecteurs castillans).

Pour mieux connaître ces artistes, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (partie haute de la Colonne de droite) et sur leur site, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales (partie basse de la Colonne de droite).

(1) Petite inexactitude de ma part : les tout premiers voeux reçus ont en fait été ceux de Rodolfo Ghezzi, l'Académicien correspondant à Madrid de la Academia Nacional del Tango, sous forme d'un mail accompagné d'un mp3 (un tango de Pugliese sur Noël, inclus dans mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, mai 2010) et ceux du poète Luis Alposta, qui se présentent comme d'habitude sous la forme que vous découvrirez dans mon article du 31 décembre 2008.

Radio CAFF : la nouvelle radio 100% Tango sur le Web [Disques & Livres]


Le CAFF, Club Atlético Fernández Fierro, qui est le siège coopératif de la Orquesta Típica Fernández Fierro, vient de lancer sur Internet une radio consacrée à 100% au tango d'aujourd'hui, aux artistes en activité (1).

La programmation exclut le commentaire. Il n'y a que de la musique. Pour savoir ce que vous écoutez, l'écran du lecteur Window Media Player, vous donne l'info en espagnol (ahora suena, veut dire, traduit en bon français et non en mot à mot, "actuellement vous écoutez"), avec le nom de l'artiste ou du groupe interprète et le titre de l'oeuvre. En dessous, les sept derniers morceaux sous le même format (interprète et titre). En revanche, vous n'avez pas aucun renseignement sur les compositeurs et les paroliers.

Le site vous offre la possibilité d'écouter avec Winamp, Window Media Player, Real Player et QuickTime et vous pouvez vous connecter à n'importe quelle heure du jour et de la nuit et écouter du tango contemporain.

Le slogan de la radio est l'ouverture à tous les styles. Pour ce que j'ai écouté ce matin (pendant plus de deux heures), c'est pour l'instant et en partie une vue de l'esprit ou un voeu pieu : certaines esthétiques semblent bel et bien manquer à l'appel. Il est possible que ce ne soit pas imputable aux programmateurs mais à des artistes qui pourraient refuser de participer à l'opération. Il y en a à Buenos Aires qui ne veulent pas que leur nom soit associé à celui de l'OTFF, les désaccords existant là-bas tout comme ici dans le monde artistique. La radio, qu'elle soit boycottée par certains ou exclusive à l'égard d'Untel ou d'Unautretel, a néanmoins le mérite de mettre à la portée de nos oreilles des groupes et des artistes qu'on n'entend que fort peu sur d'autres médias et qui ne sont pas distribués en Europe. C'est donc un tango différent, qui sort des sentiers battus et rebattus de ce que le commerce et les salles de concert nous proposent traditionnellement de ce côté-ci de l'Atlantique.

A l'honneur de Radio CAFF, l'OTFF n'est pas sureprésentée dans la programmation musicale. Bravo pour l'honnêteté et le sens du partage de l'antenne (qui n'en est pas une vraiment).

Radio CAFF rejoint immédiatement ses copines (ou pas si copines que ça) dans la rubrique Ecouter de la Colonne de droite de ce blog (partie inférieure) pour que vous puissiez connaître à l'oreille la plupart des artistes dont je vous parle à longueur de mois et que La 2 x 4 passe rarement (2).

(1) A une exception près : Radio CAFF passe des morceaux de La Guardia Hereje, un groupe qui s'est dissous en septembre 2009, après la mort de son fondateur et animateur, l'auteur-compositeur-interpète Alorsa (1970-2009). Alorsa était un grand ami de la OTFF et de toute cette mouvance du tango nuevo qui se retrouve sur le streaming. Vous pouvez retrouver tous les articles que j'ai consacrés à Alorsa de son vivant et depuis son départ, le 30 août 2009, en cliquant sur son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier), dans la partie haute de la Colonne de droite. Vous retrouverez aussi 9 de ses morceaux en version bilingue dans le numéro thématique de la revue Triages, dont j'ai été l'unique rédactrice avec une anthologie bilingue de 10 poètes et paroliers populaires de la Buenos Aires d'aujourd'hui. Parution très prochaine aux Editions Tarabuste, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault (à commander par écrit auprès de l'éditeur ou en passant par un libraire, à qui vous donnerez toutes les informations ci-dessus).
(2) La 2 x 4 (la toute première radio 100% tango, aujourd'hui l'une des deux stations publiques de la ville de Buenos Aires) privilégie en quantité et en fréquence de programmation l'écoute des classiques (Troilo, Pugliese, Di Sarli, D'Arienzo, Caló, Piazzolla, Goyeneche, Sosa, Merello, Castillo, etc.) et les contemporains archi-consacrés (Federico, Salgán, Marconi, Rinaldi, Varela, Garello, el Sexteto Mayor, etc.)

Buenos Aires, invitée d'honneur du Salon du Livre de Paris en 2011 [Disques & Livres]

La ville de Buenos Aires, choisie par l'UNESCO comme capitale mondiale du Livre 2011, sera donc l'invitée d'honneur du Salon du Livre de Paris à la Porte de Versailles, en mars de l'année prochaine. L'accord vient d'être signé entre le Ministre de la Culture du Gouvernement Portègne, Hernán Lombardi, la directrice littéraire de Culturesfrance (une instance du Quai d'Orsay), Judith Roze, et le Directeur Général du Salon du Livre, Bertrand Morisset.

A Buenos Aires, c'est le quotidien Clarín qui s'en fait l'écho ce matin avec la fierté habituelle aux Argentins et encore plus aux Portègnes à la perspective d'une reconnaissance parisienne et française. L'amour qu'ils ont pour cette ville et ce pays dépasse l'imagination. J'espère donc que le Salon saura mettre l'accent sur la réalité culturelle de la capitale argentine et nous épargnera, sur les murs du métro et les pages des magazines, les images stéréotypées habituelles...

Pour en savoir plus :
lire l'article de Clarín de ce matin
lire mon article du 16 juin 2009 dans Barrio de Tango sur Buenos Aires Capitale du Livre 2011
Consulter le site du Salon du Livre de Paris : le lien se trouve sur ce blog, dans la Colonne de droite, partie basse, rubrique Cambalache (casi ordenado).

Réveillon brabanto-italo-champenois à La Tangueria de Bruxelles [ici]

Marisa Van Andel et Oliver Koch, un couple de professeurs exerçant à Bruxelles, proposent leur bal de la Saint-Sylvestre à la Tangueria, leur salle de la Chaussée de Jette dans le quartier de Molenbeek Saint Jean (M° Simonis).

La fête commencera à 21h30 et se terminera à 2h30 le lendemain.

Il est demandé aux participants d'apporter chacun un dessert, du fromage, des snacks pour 2 ou 3 personnes (à l'exclusion de plats principaux).
A minuit, la maison offrira le panettone (Marisa, qui est néerlandaise, a vécu une partie de son enfance en Italie et a ensuite épousé un Allemand !) et des bulles, qui pourraient être celles de bouteilles d'Asti Spumante (plutôt qu'un quelconque vin rémois nettement plus banal et pourtant géographiquement plus proche de la cité brabançonne...)

Le prix est fixé à 12 € par personne et une petite suprise attent les 100 premiers participants.
On demande aux réveillonneurs de ne pas arriver entre 23h30 et 00h30, car les portes seront alors fermées à clé pour compter les 12 coups de minuit en toute tranquillité pour tout le monde.

Vous pouvez venir avec vos enfants, même petits. Une chambre sera disponible pour eux, avec une surveillance caméra pour assurer leur sécurité pendant que Papa et Maman se payeront un 2 x 4, comme on dit en Argentine...



Pour en savoir plus, consultez le site de Marisa et Oliver. Vous en trouverez le lien dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la Colonne de droite (partie basse).